Dépistage du cancer du sein : « Pour moi, il est trop tard »
Québec refuse toujours d’étendre le dépistage aux femmes de 40 à 49 ans, malgré la recommandation de l’INESSS..
Eugénie Lacroix, atteinte d'un cancer du sein de stade 4, partage son expérience pour alerter sur l'importance du dépistage précoce. Diagnostiquée en décembre 2024, elle a subi une chimiothérapie palliative après que son cancer s'est propagé dans les os. Elle regrette de ne pas avoir pu détecter la maladie plus tôt, soulignant qu'un cancer triple négatif, comme le sien, est très agressif mais peut être guéri s'il est pris à temps. Elle espère que son témoignage incitera le gouvernement québécois à étendre le programme de dépistage aux femmes dès 45 ans, comme le recommande l'Institut national d'excellence en santé et en services sociaux (INESSS).
L'INESSS recommande depuis septembre 2025 d'élargir le programme de dépistage du cancer du sein aux femmes de 45 à 49 ans, sans antécédents familiaux. Cette mesure permettrait de diagnostiquer en moyenne 350 femmes par année, soit 1 734 sur cinq ans. Le coût estimé est de 35 millions de dollars par an, soit 177 millions sur cinq ans, couvrant le diagnostic, les tests et les traitements. Actuellement, le Québec est la seule province canadienne à ne pas proposer de dépistage avant 50 ans pour les femmes sans risque particulier. En Ontario, le programme a été abaissé à 40 ans en octobre 2024.
Le Québec affiche le taux d'incidence du cancer du sein le plus élevé du Canada, avec 158,5 cas pour 100 000 femmes contre 147,9 en moyenne nationale. C'est le deuxième cancer le plus diagnostiqué chez les femmes et le troisième plus mortel, causant environ 1 410 décès par an pour 8 400 cas. Le nombre de cas chez les femmes de 40 à 49 ans est passé de 130 à 145 pour 100 000 entre 2020 et 2026, soit plus de 1 000 à 1 200 diagnostics annuels. Le Québec est critiqué pour son retard par l'Association des radiologistes du Québec et la Société canadienne du cancer (SCC).
Le Dr Grégoire Bernèche, président de l'Association des radiologistes du Québec, et le Dr Denis Soulière, hématologue-oncologue et porte-parole de la SCC, soulignent l'urgence d'agir. Ils rappellent que le dépistage précoce réduit les décès et les années de vie perdues, notamment pour les femmes de 40 à 49 ans. Le Dr Soulière précise que le Québec pourrait intégrer cette mesure sans ralentir les autres programmes, comme la réduction des examens complémentaires non nécessaires. Le Dr Bernèche ajoute que l'ajout de 20 000 examens annuels pour les 45-49 ans ne représenterait qu'une faible augmentation par rapport aux 13 millions d'examens radiologiques réalisés chaque année au Québec.
Le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) étudie actuellement des scénarios pour faciliter l'accès au dépistage des femmes présentant des facteurs de risque, quel que soit leur âge. Aucune décision n'a encore été confirmée, et aucun échéancier n'est établi. En décembre 2025, l'ancien ministre Christian Dubé avait évoqué une approche progressive pour éviter de surcharger le réseau de santé. Cependant, les experts jugent cet argument peu valable, estimant que la mesure serait réalisable sans perturber le système.
Le MSSS examine aussi des stratégies pour réduire le taux de *rappel*, c'est-à-dire le nombre d'examens supplémentaires nécessaires lorsque les résultats d'une mammographie sont jugés anormaux. Cette mesure, recommandée par l'INESSS, vise à limiter les faux positifs et les examens inutiles. Les experts estiment que ces deux objectifs – dépistage précoce et réduction des rappels – peuvent être menés simultanément. Le Québec affiche actuellement un taux de rappel plus élevé que d'autres provinces, ce qui peut générer de l'anxiété chez les patientes et des coûts supplémentaires pour le système de santé.

