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Il nourrit plus de 3, 5 milliards de personnes : l'étonnant voyage du riz qui a commencé il y a environ 24 000 ans

Science & Vie · mis à jour il y a 4 h

Né en Chine, en Inde et en Afrique, le riz possède plusieurs foyers de domestication. Migrations, guerres, commerce et esclavage ont permis sa diffusion sur tous les continents.

Origines anciennes du riz

Le riz est une plante dont la domestication remonte à environ 24 000 ans, lorsque les premiers groupes humains ont commencé à le récolter dans le bassin du fleuve Yangtsé, en Chine. Il y a 13 000 ans, sa culture s'est développée, transformant progressivement cette plante sauvage en une variété domestiquée distincte de son ancêtre. Une autre région majeure de domestication se situe en Inde, le long du Gange, où des traces de culture du riz remontent à 6 500 avant notre ère. Deux principales sous-espèces de riz ont émergé : le riz à grains courts (japonica), domestiqué en Chine, et le riz à grains longs (indica), apparu en Inde. Les chercheurs débattent encore de leur évolution respective, certains suggérant que le riz indica pourrait être issu d'un croisement entre un riz sauvage local et le riz japonica, introduit plus tard en Inde vers 2 500 avant notre ère.

Riz africain : une culture résistante

Une autre espèce de riz, Oryza glaberrima, a été domestiquée en Afrique environ 2 000 ans après la domestication du riz asiatique. Bien que ses rendements soient inférieurs à ceux des variétés asiatiques, le riz africain présente des avantages majeurs : il résiste mieux à la sécheresse, aux ravageurs et peut pousser sur des sols pauvres sans irrigation ni désherbage. Cependant, il est sujet à l’égrenage, un phénomène où les grains tombent naturellement avant la récolte, ce qui réduit les rendements. Les variétés asiatiques, en revanche, ont été sélectionnées pour éviter ce problème, ce qui a permis d'augmenter significativement leur productivité.

Diffusion mondiale par migrations

La diffusion du riz à travers le monde s'est principalement réalisée grâce aux migrations des premiers agriculteurs. Des vestiges archéologiques datant de 4 000 ans montrent que des techniques de culture du riz ont été introduites en Asie du Sud-Est, notamment au Vietnam, au Cambodge, au Myanmar et en Thaïlande, par des migrants venus du sud de la Chine. Ce processus a également joué un rôle dans la propagation du riz en Eurasie. Les mouvements de troupes ont aussi contribué à sa diffusion : les naturalistes accompagnant Alexandre le Grand ont rapporté du riz en Grèce et en Macédoine vers 320 avant notre ère. Plus tard, les Maures ont introduit le riz en Ibérie au VIIIe siècle, et les croisés ont ramené de petites quantités d'Asie au XIe siècle.

Commerce et colonisation

Le commerce, notamment via la route de la soie et les échanges maritimes entre l'océan Indien et la Méditerranée, a permis au riz d'atteindre l'Asie centrale et l'Europe dès le IIe siècle. Cependant, son transport coûteux en faisait un produit de luxe, comparable aux épices exotiques, plutôt qu'un aliment de base. La colonisation et la traite transatlantique des esclaves ont marqué une étape clé dans sa diffusion en Amérique. Les Espagnols ont introduit des variétés asiatiques en Amérique centrale et du Sud, tandis que les esclaves africains, originaires de la côte du riz en Afrique de l'Ouest, ont apporté des techniques d'irrigation et de culture adaptées aux conditions climatiques de l'Amérique du Nord. Paradoxalement, cette expertise a permis d'intensifier la traite des esclaves, car une production rizicole accrue était nécessaire pour nourrir une population croissante de personnes réduites en esclavage.

Riz dans les cultures et rituels

Le riz occupe une place centrale dans de nombreuses cultures, se reflétant dans les langues, les traditions et les rituels. En Thaïlande, l'expression kin khao signifie littéralement « manger du riz » et équivaut à « allons manger ». Chaque année, des cérémonies royales marquent le début de la saison de culture du riz au Cambodge, au Myanmar, en Thaïlande et au Japon, associant prières et offrandes pour des récoltes abondantes. Au Japon, l'empereur participe à un rituel shinto, le Mibu no Hana Taue, où des bœufs décorés, des chants et des costumes traditionnels célèbrent la divinité du riz. Dans l'hindouisme, le riz est présent dès la naissance, lors du rite annaprashana où il est le premier aliment solide donné à un enfant, et accompagne les défunts comme offrande pour leur voyage vers l'au-delà.

Ce que ça pourrait changer

La culture traditionnelle du riz est très gourmande en eau, ce qui pose un défi majeur face au changement climatique. De plus, les rizières émettent du méthane (*CH4*), un gaz à effet de serre, ce qui fait du riz la troisième source d'émissions agricoles liées à l'alimentation dans le monde. Pour réduire cet impact, de nouvelles techniques sont en développement afin de limiter la consommation d'eau et les émissions de méthane tout en maintenant des niveaux de production élevés. Une piste prometteuse consiste à étudier l'ADN de variétés anciennes de riz pour créer de nouveaux hybrides, capables de s'adapter aux conditions environnementales actuelles et futures. Cette approche s'inspire des méthodes ancestrales de sélection, montrant comment le passé pourrait éclairer l'avenir de la riziculture.

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