Attentats du 11 Septembre : que reste-t-il d’Al-Qaïda, 25 ans plus tard?
Des experts en djihadisme expliquent que la menace terroriste a changé de visage..
En 2001, le réseau terroriste Al-Qaïda, dirigé par Oussama ben Laden, a revendiqué les attentats du 11 septembre aux États-Unis, faisant près de 3 000 morts. Dans une vidéo diffusée quelques mois plus tard, un porte-parole du groupe a affirmé que la guerre contre les États-Unis continuait et que d'autres attaques étaient prévues. Vingt-cinq ans après ces événements, Al-Qaïda existe toujours, mais son influence et sa capacité à organiser des attaques en Occident ont fortement diminué. Peter Bergen, journaliste ayant interviewé ben Laden en 1997, souligne que le groupe est aujourd'hui bien moins puissant qu'à son apogée. Cependant, il conserve une capacité à inspirer des attaques isolées, comme celle d'Orlando en 2016, où un Américain lié à Daech (l'État islamique) a tué plus de 50 personnes dans une boîte de nuit.
Les groupes djihadistes comme Al-Qaïda et Daech ont recentré leur activité en Afrique subsaharienne, où ils profitent des États fragiles ou en déliquescence pour s'implanter. Selon Aaron Zelin, expert américain, plus de 85 % des opérations de recrutement, de financement et d'attaques de ces groupes se concentrent désormais dans cette région, notamment au Sahel, dans la Corne de l'Afrique et autour du lac Tchad. Cette africanisation des djihadistes s'est accentuée au cours des dix dernières années, parallèlement à leur affaiblissement en Afghanistan, en Irak, en Syrie et en Afrique du Nord. Leur nature a changé : ils sont désormais plus locaux que globaux, mais restent une menace persistante. Al-Qaïda et ses branches contrôlent des zones au Mali et en Somalie, et mènent des attaques au Kenya, en Éthiopie, au Niger, au Burkina Faso, au Togo et au Bénin.
En Afghanistan, où les talibans, alliés traditionnels d'Al-Qaïda, sont revenus au pouvoir en 2021 après le retrait des forces américaines, les djihadistes restent présents mais leur influence est limitée. Leur capacité à organiser des attaques majeures a diminué, notamment en raison des mesures de sécurité renforcées dans les pays occidentaux. Cependant, leur présence en Afghanistan sert de base logistique et idéologique pour d'autres groupes actifs en Afrique et au Moyen-Orient. Les talibans, bien que partageant une idéologie proche, ont tenté de se distancier d'Al-Qaïda pour éviter des représailles internationales, mais des liens persistent entre les deux organisations.
Les priorités géopolitiques des États-Unis et des pays occidentaux ont évolué ces dernières années, reléguant la lutte contre les groupes djihadistes au second plan. Depuis cinq ans, Washington considère des menaces plus pressantes, comme celles émanant de la Russie, de la Chine, de l'Iran ou de la Corée du Nord. En 2024, l'administration américaine a même assimilé le narcotrafic à une menace terroriste, permettant d'utiliser des mesures antiterroristes pour des actions militaires en Amérique latine et dans les Caraïbes. Cette réorientation a réduit les ressources financières et humaines allouées à la lutte contre Al-Qaïda et Daech, augmentant le risque d'une résurgence inattendue, comme celle de Daech entre 2011 et 2013 en Irak et en Syrie.
Depuis le 11 septembre 2001, les attentats djihadistes ont causé 121 morts aux États-Unis, tandis que les groupes d'extrême droite (suprémacistes blancs, milices antigouvernementales, opposants à l'avortement) ont fait 137 victimes. Peter Bergen, expert en sécurité nationale, souligne que la menace terroriste locale est désormais plus importante que celle des groupes djihadistes. Ces terroristes, souvent des citoyens ou résidents légaux, se radicalisent en ligne et n'ont pas besoin de visa pour agir. Bergen critique la priorité donnée à d'autres menaces et appelle à une vigilance accrue contre l'extrémisme violent, qui touche aussi le Canada, l'Allemagne et d'autres pays occidentaux.

