Attentats du 11 Septembre : que reste-t-il d’Al-Qaïda, 25 ans plus tard?
Vingt-cinq ans après les attentats du 11 septembre 2001, Al-Qaïda, jadis symbole d’une menace terroriste globale, incarne désormais une organisation fragmentée et en mutation. Alors que ses capacités opérationnelles en Occident se sont réduites, son influence s’est recentrée sur des zones de fragilité étatique, notamment en Afrique subsaharienne. Cette recomposition interroge moins la disparition du djihadisme que sa capacité à s’adapter, exploitant les failles des États en déliquescence pour survivre et se développer.
Quel est l’état actuel d’Al-Qaïda en tant qu’organisation, vingt-cinq ans après sa déclaration de guerre aux États-Unis ?
Al-Qaïda existe toujours, mais son influence et ses capacités opérationnelles ont considérablement diminué par rapport à son apogée. L’organisation a perdu ses bastions traditionnels en Afghanistan-Pakistan, en Irak et en Syrie, et s’est recentrée sur des zones où les États sont fragilisés, notamment en Afrique subsaharienne. Bien que son rôle en tant qu’entité centralisée se soit affaibli, elle conserve une capacité à inspirer des attaques locales ou des actes isolés, comme en témoignent les attentats commis par des individus radicalisés en Occident.
Pourquoi l’Afrique subsaharienne est-elle devenue un foyer majeur pour les groupes djihadistes comme Al-Qaïda ou Daech ?
L’Afrique subsaharienne concentre désormais plus de 85 % des opérations de recrutement, de financement et d’attaques attribuées à Al-Qaïda et à Daech. Ces groupes exploitent les conflits armés, l’effondrement des États et les vides sécuritaires pour étendre leur influence, notamment au Mali, au Nigeria, au Burkina Faso ou encore en Somalie. Leur stratégie s’est adaptée à cette réalité, passant d’une ambition internationale à une logique locale, tout en maintenant une capacité à mener des attaques transfrontalières dans la région.
Quels facteurs expliquent l’affaiblissement relatif des groupes djihadistes en Occident, et quels risques persistent ?
L’amélioration des mesures de sécurité aux frontières et la vigilance accrue des services de renseignement ont réduit la capacité des groupes djihadistes à organiser des attaques d’ampleur en Occident. Cependant, le risque persiste sous forme d’attaques inspirées ou menées par des individus radicalisés localement, souvent sans lien direct avec une organisation structurée. Par ailleurs, depuis 2016, les groupes d’extrême droite ont causé plus de victimes que les djihadistes aux États-Unis, soulignant un basculement des menaces terroristes vers des mouvements endogènes.
Comment les priorités géopolitiques des États-Unis ont-elles influencé la lutte contre les groupes djihadistes ces dernières années ?
Les États-Unis ont progressivement relégué la lutte contre Al-Qaïda et Daech au second plan, privilégiant d’autres enjeux comme la montée en puissance de la Chine, de la Russie, ou encore la menace nucléaire iranienne. Cette réorientation a entraîné une réduction des ressources financières et humaines allouées à la lutte antiterroriste, ce qui pourrait favoriser un regain d’influence des groupes djihadistes dans les zones où ils sont déjà implantés, à l’image de la montée fulgurante de Daech en Irak et en Syrie entre 2011 et 2013.
Ce que ça pourrait changer
Cette recomposition des groupes djihadistes vers l’Afrique subsaharienne pourrait aggraver les crises sécuritaires locales et exacerber les conflits régionaux, avec des répercussions humanitaires et politiques majeures. En Occident, la menace terroriste, bien que moins spectaculaire, se diversifie vers des acteurs endogènes, posant un défi différent aux États en matière de prévention et de détection des radicalisations. Enfin, le désengagement relatif des puissances occidentales pourrait laisser un vide que les groupes djihadistes sauront exploiter, notamment dans des États fragilisés par des crises politiques ou économiques.

