Les bananes pourraient-elles disparaître ?
En raison des maladies et du réchauffement climatique, les bananes Cavendish, les plus consommées au monde, pourraient connaître le même sort que la Gros Michel. L’article Les bananes pourraient-elles disparaître ? est apparu en premier sur Le Grand Continent..
La banane est l’un des fruits les plus consommés au monde, avec une production annuelle de 12 kilos par personne sur Terre. Pour 400 millions de personnes, elle représente jusqu’à 27 % de l’apport calorique quotidien. Aux États-Unis, elle est plus populaire que la pomme, ce qui en fait un produit agricole majeur. Pourtant, cette culture emblématique pourrait disparaître en raison de menaces croissantes. La variété la plus répandue, la banane Cavendish, domine le marché depuis les années 1950, remplaçant la Gros Michel, une autre variété décimée par une maladie fongique dans la première moitié du XXe siècle. Aujourd’hui, la survie de la Cavendish est remise en question par des défis similaires, aggravés par le changement climatique.
La flétrissure fusarienne de race tropicale 4 (TR4) est un champignon pathogène qui attaque les bananiers, notamment la variété Cavendish. Ce champignon, appelé Fusarium oxysporum, provoque le dépérissement des plants en obstruant leurs vaisseaux conducteurs de sève. La première souche de ce champignon, le TR1, avait déjà causé la quasi-disparition de la Gros Michel dans les années 1950. Le TR4, découvert plus récemment, est encore plus virulent. Une étude de 2024 a révélé que sa virulence pourrait être liée à la production d’oxyde nitrique par le champignon, ouvrant des pistes pour développer des traitements. Cependant, à ce jour, aucun remède n’existe pour éradiquer cette maladie, qui se propage rapidement via les sols et les outils agricoles contaminés.
Le réchauffement climatique aggrave les risques pour la culture de la banane. En Inde, premier producteur mondial avec 27 % de la production, les vagues de chaleur intenses réduisent les récoltes, notamment dans l’État de l’Andhra Pradesh. En Amérique latine et dans les Caraïbes, deuxième région productrice, jusqu’à 60 % des zones propices à la culture pourraient disparaître d’ici 2080. Les bananiers nécessitent des températures comprises entre 15 °C et 35 °C pour mûrir correctement. Un excès d’eau, souvent lié aux pluies torrentielles, peut faire tomber les feuilles des plants, limitant leur capacité à produire des fruits. Ces conditions extrêmes, combinées aux maladies, menacent la stabilité de la production mondiale.
La disparition potentielle des bananes aurait des répercussions économiques majeures. D’ici 2035, l’augmentation des températures et les conditions météorologiques extrêmes pourraient faire grimper le prix des denrées alimentaires de 3 % par an. Cette hausse toucherait particulièrement les pays dépendants de la banane, où elle constitue une source majeure de calories. Les pertes de récoltes en Inde et en Amérique latine, déjà observées, illustrent l’impact du changement climatique sur l’agriculture. Les producteurs et les consommateurs pourraient donc subir des pénuries et une inflation des prix, affectant des millions de personnes dans le monde.
Face à ces menaces, des scientifiques explorent des pistes pour sauver la banane. Une étude publiée en 2024 a identifié des gènes associés à la production d’oxyde nitrique chez le champignon TR4, ce qui pourrait permettre de développer des fongicides ou des variétés résistantes. Cependant, ces solutions restent au stade de la recherche et ne garantissent pas une protection immédiate. Par ailleurs, des initiatives visent à diversifier les cultures ou à adapter les pratiques agricoles pour limiter l’impact des maladies et du climat. Mais à ce jour, aucune alternative viable ne remplace la *Cavendish* sur le marché mondial, soulignant l’urgence d’agir pour préserver cette culture essentielle.

