NapseflowNapseflow
Recherche

Le dessin peut-il révéler qu’un enfant est victime d’abus sexuels ? Ce que disent vraiment les recherches

The Conversation France · mis à jour il y a 14 j

L’ESSENTIEL Les dessins produits par des enfants victimes d’abus sexuels contiendraient des indices graphiques spécifiques permettant de détecter ces violences. Les études solides sur le plan méthodologique ne valident pas cette hypothèse.

Dessins et abus sexuels

Une idée largement répandue suggère que les dessins d’enfants victimes d’abus sexuels contiendraient des indices graphiques spécifiques, comme des visages ombrés, des organes génitaux dessinés ou l’absence de mains sur les personnages. Cette croyance repose sur l’hypothèse que l’enfant exprimerait ainsi des traumatismes impossibles à verbaliser. Cependant, cette approche s’inscrit dans une tradition psychologique ancienne, notamment avec des figures comme Florence Goodenough dans les années 1920, qui a développé un test d’évaluation de l’intelligence via le dessin du bonhomme, ou Karen Machover après la Seconde Guerre mondiale, qui a interprété le dessin de la personne comme une projection de l’inconscient. Ces théories ont conduit à attribuer une valeur diagnostique aux détails graphiques, suggérant que certains traits trahiraient des abus sexuels.

Biais de confirmation

L’idée que les dessins révèlent des abus sexuels est encore largement acceptée dans la pratique clinique, avec près de neuf psychologues sur dix estimant que les dessins d’une personne peuvent contenir des indices révélateurs selon une enquête citée dans l’article. Pourtant, cette croyance repose souvent sur un biais de confirmation : lorsque l’on sait qu’un enfant a subi des abus, on interprète son dessin comme reflétant cette réalité, même si les traits observés pourraient avoir d’autres explications. Par exemple, un enfant dessinant des organes génitaux pourrait simplement explorer son corps ou répondre à une curiosité naturelle. Ce biais réduit la fiabilité des interprétations et explique pourquoi certains dessins sont parfois présentés comme des preuves devant les tribunaux, bien que cela ne soit pas scientifiquement fondé.

Manque de preuves solides

Les études scientifiques les plus rigoureuses, utilisant des groupes de comparaison et des critères méthodologiques stricts, ne parviennent pas à valider l’hypothèse selon laquelle les dessins d’enfants abusés sexuels diffèrent significativement de ceux des autres enfants. Par exemple, une étude de 2013 menée par Andrea Lisi et ses collègues a analysé près de 70 indicateurs graphiques proposés dans la littérature, mais n’a trouvé aucun signe fiable permettant de distinguer les dessins d’enfants victimes d’abus de ceux d’enfants non victimes. Une revue systématique de la littérature, publiée en 2009, arrive à la même conclusion : les indicateurs graphiques proposés échouent à distinguer de manière fiable les enfants abusés des autres, produisant à la fois des faux positifs et des faux négatifs.

Organes génitaux : un indicateur peu fiable

Les organes génitaux sont souvent considérés comme un indicateur potentiel d’abus sexuels, car ils apparaissent légèrement plus fréquemment dans les dessins d’enfants victimes. Cependant, leur présence reste très faible, touchant moins de 5 % des dessins dans les deux groupes (victimes et non-victimes). Cela rend cet indicateur peu fiable : un enfant pourrait dessiner des organes génitaux par simple curiosité ou parce qu’il en parle naturellement à la maison, tandis qu’un enfant victime pourrait ne pas les représenter. Ainsi, la présence ou l’absence de cet élément ne peut pas servir de preuve ou d’exclusion d’un abus, mais elle peut justifier une attention accrue de la part des professionnels.

Dessin comme outil de communication

Si le dessin ne permet pas de détecter des abus sexuels, il reste un outil précieux pour aider les enfants à exprimer des événements vécus, notamment des traumatismes. Des recherches montrent que les enfants qui dessinent tout en racontant un événement livrent des récits plus riches et détaillés que ceux qui ne dessinent pas, et ce, sans perte de précision. Cet effet facilitateur du dessin se maintient même plusieurs mois après l’événement. Dans le contexte des enquêtes sur les abus sexuels, le dessin, utilisé selon un protocole rigoureux comme le protocole NICHD (développé par le National Institute of Child Health and Human Development aux États-Unis), permet aux enfants de verbaliser des informations difficiles à exprimer. Le dessin n’est donc plus vu comme un test à interpréter, mais comme un médiateur de la parole.

Ce que ça pourrait changer

Les connaissances scientifiques actuelles sont claires : aucun indice graphique dans les dessins d’enfants ne permet d’affirmer avec une fiabilité suffisante qu’un enfant a été victime d’un abus sexuel. Les études les plus solides, comme celle d’Andrea Lisi en 2013 ou la revue systématique de 2009, confirment que les différences entre les dessins d’enfants abusés et non abusés ne sont pas significatives. En revanche, le dessin possède une valeur reconnue comme outil d’aide à la communication. Son rôle n’est pas de révéler des traumatismes cachés, mais d’aider l’enfant à raconter son expérience. L’enjeu n’est donc pas d’interpréter le dessin, mais d’écouter ce que l’enfant exprime lorsqu’il dessine.

Sujets complémentaires
Mille millions de mille cyborgs ! Pourquoi les pirates informatiques demandent de plus en plus de rançons en cryptomonnaies
L’ESSENTIEL Les rançongiciels, ces logiciel bloquant l’accès à un ordinateur en volant ses données en échange d’une rançon, ont rapporté plus de 800 millions de dollars en 2025. Pour partir avec leur butin, les pirates du Web passent de plus en plus par les cryptomonnaies, plus rémunératrices et moins traçables. Les positions ambiguës des États, comme la Russie, l’Iran et la Corée du Nord, brouillent encore plus les pistes pour les gendarmes financiers. Cet été , une cyberattaque d’ampleur a touché le système d’information de la Direction générale des finances publiques (DGFiP) avec le vol de données fiscales et cadastrales de 678 000 particuliers et professionnels. Les fuites : noms, prénoms, adresses po
Les faucons russes, idéologues du conservatisme modernisateur
Depuis les années 1960, des idéologues soviétiques puis russes ont développé une théorie associant traditionalisme et modernisation technologique pour promouvoir un État autoritaire de type stalinien. Leur influence ne résulte pas seulement de la diffusion de leurs idées, mais aussi de leur capacité à s’organiser en réseaux et à tirer parti d’un pluralisme idéologique toujours strictement encadré par le pouvoir. Dans son livre les Faucons russes. Des idéologues au service de l’empire. De 1960 à nos jours , paru le 17 septembre aux Presses universitaires de France, Juliette Faure, professeure de science politique à l’Université libre de Bruxelles, retrace la généalogie de ce mouvement et montre comment, depuis l’invasion de l’Ukraine en 2022, ses thèmes impérialistes, anti-occidentaux et conservateurs ont retrouvé une place centrale. Extraits. Aux origines du conservatisme modernisateur</h2

Ce contenu a été généré par intelligence artificielle à partir de l'article source. Il peut contenir des erreurs ou imprécisions.