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Généraliste

Une ferme verticale géante à Singapour pour assurer la sécurité alimentaire

ICI Radio-Canada · mis à jour il y a 13 j

La plus haute ferme verticale du monde offre une agriculture à l’abri des crises agricoles..

Une ferme record

Singapour abrite désormais la plus grande ferme verticale du monde, développée par l’entreprise Greenphyto. Avec une hauteur de 23,3 mètres, ce complexe détient le record mondial et figure au Livre Guinness des records. Situé dans un quartier industriel de l’ouest de la cité-État, ce centre d’innovation utilise des technologies avancées pour produire jusqu’à 2 000 tonnes de légumes par an, principalement des laitues et des légumes asiatiques comme les choux. Le projet a nécessité un investissement de 87 millions de dollars canadiens et s’inscrit dans une démarche de sécurité alimentaire face aux défis climatiques et démographiques. Contrairement aux fermes traditionnelles, cette installation fonctionne comme une usine, avec des rangées de bacs empilés éclairés par des lumières DEL et des robots assurant le transport des plants entre les niveaux.

Technologie et automatisation

Dans cette ferme verticale, presque tout est automatisé grâce à des robots et à l’intelligence artificielle (IA). Les plateaux de culture sont déplacés par des machines, tandis que des capteurs et des caméras surveillent en permanence l’état des plants. L’IA ajuste en temps réel des paramètres comme la lumière, la température et l’humidité pour optimiser la croissance. Par exemple, elle régule l’intensité lumineuse pour éviter le gaspillage d’énergie. Le rendement est impressionnant : 45 fois supérieur à celui de l’agriculture traditionnelle, avec 1,2 million de plants cultivés simultanément. Aucun humain ne travaille à l’intérieur, ce qui réduit les risques de contamination et améliore l’efficacité. Susan Chong, fondatrice et PDG de Greenphyto, souligne que l’IA permet aussi de prévoir les rendements et de standardiser la qualité des légumes, garantissant une production uniforme en taille, goût et apparence.

Enjeux climatiques et sécurité

Singapour importe 90 % de sa nourriture, un défi aggravé par le manque de terres agricoles et la vulnérabilité aux changements climatiques. Les épisodes de sécheresse, d’inondations ou de chaleur extrême perturbent les cultures traditionnelles, même en Asie. Greenphyto promet de contourner ces aléas en produisant toute l’année, indépendamment des conditions météo. L’entreprise mise sur des légumes difficiles à cultiver localement, comme le brocoli chinois, et vise une production à grande échelle pour renforcer la sécurité alimentaire. Cependant, le gouvernement singapourien a revu ses objectifs à la baisse : il ne vise plus 30 % d’autonomie alimentaire d’ici 2030, mais seulement 20 % de sa consommation de fibres alimentaires d’ici 2035, reflétant les difficultés du secteur.

Défis économiques et énergétiques

Malgré ses avantages, l’agriculture verticale reste coûteuse. Les fermes comme celle de Greenphyto consomment beaucoup d’énergie, notamment pour l’éclairage et la climatisation. L’entreprise affirme avoir réduit sa consommation de 30 % grâce à un système d’éclairage sur mesure et à l’IA, qui évite d’éclairer inutilement les plants. Malgré ces gains, les légumes produits par Greenphyto sont vendus plus de deux fois plus cher que des produits importés de Chine. Par exemple, le brocoli chinois de la ferme coûte bien plus cher que son équivalent importé. Susan Chong reconnaît que le prix reste un obstacle majeur, bien que la qualité et la régularité de la production soient des atouts. La ferme emploie aussi 80 % de main-d’œuvre en moins qu’une exploitation traditionnelle, ce qui compense partiellement les coûts.

Échecs et perspectives

L’agriculture verticale à Singapour a connu des revers ces dernières années. Plusieurs entreprises, comme Growy Singapore (liquidée en novembre 2025) ou VertiVegies (abandon en 2022), ont échoué en raison de perturbations des chaînes d’approvisionnement et d’un manque de confiance des investisseurs. Greenphyto se distingue en misant sur la technologie et en détenant 73 brevets dans 34 pays. L’entreprise vend son système et sa plateforme d’IA à d’autres producteurs, tout en visant le marché québécois, où l’hydroélectricité pourrait réduire les coûts énergétiques. Susan Chong présente sa ferme comme une vitrine pour prouver que l’agriculture verticale peut être commercialement viable, malgré les défis.

Ce que ça pourrait changer

Au Canada, l’agriculture verticale est encore émergente, mais des initiatives locales émergent. En Ontario, *Vision Greens* cultive laitue, roquette et basilic toute l’année, tandis qu’en Colombie-Britannique, *UP Vertical Farms* produit plus de **900 tonnes de légumes-feuilles par an**. Ces fermes visent à réduire la dépendance aux importations, notamment pour les laitues venues de Californie, et à assurer une production stable malgré les intempéries. La *Fédération de l’agriculture de l’Ontario* estime que ces fermes peuvent compléter, mais pas remplacer, l’agriculture traditionnelle. *Greenphyto* voit le Québec comme un marché potentiel, grâce à son électricité abordable issue de l’hydroélectricité.

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