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Géopolitique

En Bolivie, la déforestation de l’Amazonie avance aussi vite qu’elle recule au Brésil

Courrier International · mis à jour il y a 18 j

En 2025, la Bolivie a enregistré la deuxième plus grande perte de forêt tropicale au monde. Dans le sud-est du pays, le territoire amazonien de la Chiquitania a vu débarquer de nombreux producteurs de viande et de soja, en particulier brésiliens, attirés par une législation plus laxiste..

Bolivie vs Brésil

En 2025, la Bolivie a enregistré la deuxième plus grande perte de forêt tropicale au monde, juste derrière le Brésil, alors que ce dernier a réduit sa déforestation de 37 % entre août 2025 et juillet 2026, atteignant son niveau le plus bas en dix ans. Cette inversion des tendances s’explique par des politiques environnementales opposées : le Brésil a renforcé ses contrôles et sanctions depuis 2023 sous le gouvernement de Lula da Silva, tandis que la Bolivie maintient des lois environnementales plus laxistes. La Bolivie, bien plus petite et plus pauvre que le Brésil, subit une crise économique majeure (inflation galopante, chute des revenus du gaz naturel, épuisement des réserves de devises) qui pousse à l’exploitation intensive des terres, notamment pour l’élevage et l’agriculture. La région de Chiquitania, dans le sud-est bolivien, est particulièrement touchée, avec une perte de 186 500 hectares de forêt entre 2003 et 2023 dans les territoires autochtones.

Chiquitania en danger

La Chiquitania, située dans le sud-est de la Bolivie à la frontière avec le Brésil, abrite la plus grande forêt tropicale sèche d’Amérique du Sud et une biodiversité exceptionnelle. Pour les populations autochtones locales, cette forêt représente bien plus qu’un écosystème : c’est la casa grande, une entité sacrée où cohabitent la communauté, les rivières, les animaux, les êtres spirituels et les ancêtres. Pourtant, cette région est devenue l’écosystème le plus menacé de la zone, victime d’incendies dévastateurs et de l’expansion de l’élevage et de l’agriculture, notamment pour le soja. Entre 2024 et 2025, des incendies ont ravagé une partie de la forêt, poussant les communautés autochtones à fuir. Pire, des groupes spécialisés dans le trafic foncier ont profité de la situation pour abattre des arbres centenaires survivants, aggravant la destruction. Les experts locaux s’inquiètent aussi du risque accru d’incendies extrêmes dans les années à venir, en raison du réchauffement climatique et des sécheresses prolongées.

Rôle des producteurs brésiliens

La déforestation en Bolivie est en partie alimentée par des producteurs brésiliens, notamment des éleveurs et des agriculteurs, qui fuient les contrôles environnementaux plus stricts appliqués au Brésil depuis 2023. Ces producteurs cherchent des terres moins coûteuses et soumises à une réglementation moins contraignante, trouvant en Bolivie un terrain propice à leurs activités. Certains partisans de l’ancien président brésilien Jair Bolsonaro (connu pour ses positions pro-déforestation) voient même dans la législation bolivienne un modèle à suivre. Cette migration des activités dévastatrices vers la Bolivie s’explique aussi par l’ouverture de routes reliant les deux pays, facilitant l’accès aux zones isolées. Par exemple, des routes comme la BR-319 ont permis l’arrivée d’engins et de marchandises dans des territoires autrefois inaccessibles, accélérant la transformation des sols.

Conséquences économiques

La crise économique en Bolivie joue un rôle central dans l’accélération de la déforestation. Le pays fait face à une inflation galopante, une chute des revenus tirés du gaz naturel (une de ses principales ressources) et un épuisement de ses réserves de devises internationales. Cette situation a provoqué des révoltes sociales au printemps 2026, avec des manifestants exigeant le départ du président conservateur Rodrigo Paz. Pour relancer l’économie, le gouvernement mise sur l’exportation de cultures comme le soja, ce qui risque d’entraîner un relâchement des normes environnementales déjà peu strictes. Les amendes pour déforestation illégale sont faibles, et les transformations d’utilisation des sols sont relativement faciles à obtenir. Cette déforestation est devenue une activité spéculative, attirant des investisseurs nationaux et étrangers en quête de profits rapides.

Ce que ça pourrait changer

L’Amazonie joue un rôle crucial pour le climat mondial, car elle absorbe d’énormes quantités de CO₂ et régule les températures. Les scientifiques craignent qu’une fois le seuil de 20 à 25 % de déforestation atteint, l’écosystème ne se transforme en savane, un paysage plus sec et moins capable de stocker du carbone. Actuellement, la région a déjà perdu 16 % de sa végétation indigène, selon le réseau universitaire MapBiomas. En Bolivie, la combinaison du réchauffement climatique, des températures élevées et des sécheresses prolongées augmente le risque d’incendies extrêmes. Une victoire de Flávio Bolsonaro (fils de l’ancien président brésilien) aux élections présidentielles d’octobre 2026 pourrait aggraver la situation, en raison de ses positions anti-environnementales. La Bolivie, en tant que deuxième pays le plus touché par la déforestation en 2025, devient ainsi un acteur clé – et inquiétant – dans la préservation de l’Amazonie.

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