En Bolivie, la déforestation de l’Amazonie avance aussi vite qu’elle recule au Brésil
Alors que le Brésil affiche une baisse historique de la déforestation en Amazonie grâce à des politiques environnementales renforcées, la Bolivie, confrontée à une crise économique et sociale, devient paradoxalement le théâtre d’une dégradation accélérée de ses forêts tropicales. Ce basculement révèle les limites des stratégies brésiliennes face à la porosité des frontières et à l’attractivité des réglementations plus souples, transformant la Bolivie en un laboratoire des conséquences d’un relâchement des normes environnementales en Amazonie.
Pourquoi la Bolivie enregistre-t-elle une déforestation aussi rapide malgré la baisse au Brésil ?
La Bolivie subit une crise économique profonde, marquée par une inflation galopante et l’effondrement des revenus liés au gaz naturel, poussant le gouvernement à privilégier des cultures d’exportation comme le soja et à assouplir les normes environnementales pour attirer des investisseurs, notamment brésiliens. Parallèlement, la région de Chiquitania, frontalière du Brésil, est devenue une zone de spéculation foncière où des producteurs brésiliens, confrontés à des contrôles plus stricts dans leur pays, exploitent des terres boliviennes moins réglementées.
Quels acteurs sont directement impliqués dans cette dynamique de déforestation en Bolivie ?
Les principaux acteurs incluent les producteurs brésiliens de viande et de soja, attirés par des coûts et des réglementations moins contraignants, ainsi que des groupes spécialisés dans le trafic foncier qui profitent des incendies et des lacunes légales pour accaparer des terres. Les populations autochtones, dont les territoires sont directement menacés, sont les premières victimes de cette exploitation, tandis que le gouvernement bolivien, en quête de croissance économique, joue un rôle ambigu en maintenant des lois environnementales laxistes.
Quel est l’impact des incendies sur la déforestation en Bolivie ?
Les incendies, souvent d’origine criminelle ou liés à l’agriculture sur brûlis, ont ravagé des zones de la Chiquitania en 2024, poussant les communautés autochtones à fuir. Cependant, ces catastrophes ont aussi ouvert la voie à des opérations de déforestation illégale, avec l’abattage d’arbres centenaires survivants par des groupes organisés, profitant de l’affaiblissement des écosystèmes pour étendre les cultures et l’élevage.
Quels risques environnementaux globaux cette situation fait-elle peser sur l’Amazonie ?
La combinaison de la déforestation accélérée en Bolivie et d’un éventuel relâchement des politiques brésiliennes en cas de changement de gouvernement pourrait faire basculer l’Amazonie vers un seuil critique de 20 à 25 % de perte de végétation indigène, la transformant en une savane sèche. Le réchauffement climatique, les sécheresses prolongées et l’augmentation des incendies extrêmes menacent d’aggraver cette tendance, avec des conséquences irréversibles sur la biodiversité et le climat mondial.
Ce que ça pourrait changer
Cette inversion des dynamiques de déforestation entre le Brésil et la Bolivie pourrait redéfinir les stratégies régionales de protection de l’Amazonie, en révélant les failles d’une approche purement nationale face à des enjeux transfrontaliers. À plus long terme, si la tendance se confirme, l’Amazonie pourrait perdre son rôle de régulateur climatique global, avec des répercussions en cascade sur les écosystèmes et les populations locales, tout en alimentant les tensions géopolitiques autour des ressources naturelles.

