Au Portugal, les villes veulent reprendre du terrain aux étranges boutiques de souvenirs
Le gouvernement portugais veut rendre aux mairies le pouvoir de limiter l’ouverture des boutiques de souvenirs dans les centres historiques. Leur étonnante prolifération et leur modèle économique alimentent depuis plusieurs années enquêtes et soupçons sur les activités qui se cachent derrière certaines vitrines..
Au Portugal, les centres historiques des villes comme Lisbonne ou Cascais sont envahis par des boutiques de façade (en portugais lojas de fachada), des commerces qui semblent être des boutiques de souvenirs mais qui, selon les autorités, servent souvent de couverture à des activités illégales. Ces établissements, souvent fermés ou vides en apparence, attirent l’attention des mairies et de la police municipale. Par exemple, à Lisbonne, les autorités ont triplé le nombre de procès-verbaux en près de deux ans pour contrôler ces commerces. Le terme boutique de façade désigne un local dont la vitrine donne l’impression d’un commerce légal, mais dont l’activité réelle peut être différente, voire illicite. Ces boutiques profitent d’une loi, le Licenciamento Zero, en vigueur depuis 2011, qui permet d’ouvrir un commerce sans autorisation municipale préalable dans de nombreux cas.
Le Licenciamento Zero est une loi portugaise entrée en vigueur en 2011. Elle simplifie les démarches administratives pour l’ouverture d’un commerce en supprimant l’obligation d’obtenir une autorisation municipale préalable dans la plupart des cas. Cette mesure visait à stimuler l’économie en réduisant les formalités bureaucratiques. Cependant, elle a aussi facilité l’émergence de commerces aux activités douteuses, notamment dans les zones touristiques et les centres historiques. Le gouvernement portugais souhaite désormais réviser cette loi pour permettre aux mairies de reprendre le contrôle de l’ouverture des commerces sur environ 15 % de leur territoire urbain, en ciblant spécifiquement les centres historiques et les zones touristiques. Cette révision vise à limiter la prolifération des boutiques de façade et à redonner aux villes un pouvoir de régulation.
Les mairies portugaises, notamment celle de Lisbonne et celle de Cascais, s’opposent activement à la prolifération des boutiques de façade. À Lisbonne, l’adjoint à l’Économie, Diogo Moura, a déclaré que ces commerces devaient devenir des boutiques fermées (lojas fechadas), une formule en portugais jouant sur les mots pour souligner l’objectif de fermeture définitive. À Cascais, le maire Nuno Piteira Lopes, vice-président de l’Association nationale des municipalités portugaises, a été le premier signataire d’une pétition recueillant plus de 11 000 signatures pour alerter sur ce phénomène. Les élus locaux dénoncent un modèle économique qui nuit au commerce traditionnel et favorise des activités illégales. Leur mobilisation a permis de porter le sujet devant le Parlement portugais.
Pour lutter contre ce phénomène, le gouvernement portugais prépare une révision du Licenciamento Zero afin de redonner aux mairies un pouvoir de contrôle sur l’ouverture des commerces dans les centres historiques et les zones touristiques, représentant environ 15 % du territoire urbain. Cette mesure vise à renforcer la surveillance et à limiter l’installation de commerces aux activités douteuses. Les autorités locales, comme la mairie de Lisbonne, intensifient également les contrôles policiers. Par exemple, la police municipale de Lisbonne a triplé le nombre de procès-verbaux en près de deux ans. L’objectif est de transformer ces boutiques de façade en commerces fermés ou en espaces dédiés à des activités légales et contrôlées, afin de redynamiser les centres-villes et de protéger le commerce traditionnel.
La prolifération des *boutiques de façade* pose plusieurs problèmes pour les villes portugaises. D’abord, elle dégrade l’image des centres historiques, qui perdent leur authenticité et leur attractivité touristique. Ensuite, elle concurrence le commerce traditionnel, comme les boutiques locales ou artisanales, en occupant des locaux sans toujours contribuer à l’économie réelle. Enfin, ces commerces sont souvent suspectés de servir de couverture à des activités illégales, comme le blanchiment d’argent ou le trafic. Les mairies et le gouvernement cherchent donc à rétablir un équilibre en limitant l’installation de ces boutiques et en favorisant des commerces légaux et durables. Cette problématique illustre les défis posés par la régulation des activités économiques dans un contexte de tourisme de masse et de simplification administrative.

