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Une bouse de vache vaut-elle un crottin de cheval ? Les bousiers n’ont pas tous les mêmes préférences gustatives

The Conversation France · mis à jour il y a 15 j

Bousier de l’espèce _O. Vacca_ avec des acariens sur le dos.

Les bousiers, nettoyeurs des pâturages

Les bousiers sont une grande famille d’insectes coléoptères, avec plus de 6 000 espèces dans le monde et 900 en Europe, dont plus de 150 autour de la Méditerranée. Ces insectes se nourrissent et pondent dans les excréments des grands mammifères, comme les vaches, les chevaux ou les zèbres. Ils jouent un rôle écologique essentiel en nettoyant les pâturages, en dispersant des graines et en accélérant la décomposition de la matière organique. Leur travail permet d’enrichir les sols et de limiter la prolifération des parasites. Leur nom vient de leur régime alimentaire : coprophage signifie qui se nourrit d’excréments. Ils sont classés en trois groupes selon leur méthode de traitement des déjections : les endocoprides (larves dans la déjection), les paracoprides (pilules enterrées sous la déjection) et les télécoprides (boulettes roulées et enterrées à distance).

Préférences alimentaires variables

Une étude récente menée dans le sud de la France, à la Réserve africaine de Sigean, a révélé que les bousiers ne partagent pas tous les mêmes préférences pour les déjections. Contrairement aux idées reçues, l’espèce Onthophagus vacca, supposée adorer les bouses de vache, a montré une nette préférence pour les crottins de zèbre dans cette réserve. Les chercheurs ont testé quatre types de déjections (zèbres, bovins, antilopes, autruches) en disposant des pièges pendant 24 heures. Les résultats ont montré que les bousiers évitaient les déjections d’autruches et privilégiaient celles des zèbres. Cette découverte remet en cause des études antérieures, comme celle de Laurent Dormont en 2004, qui avait observé une attirance pour les bouses de vache dans d’autres contextes. Les différences pourraient s’expliquer par des facteurs locaux ou des particularités de l’espèce étudiée.

Hypothèse de l'héritage chimique

Les chercheurs avancent l’hypothèse de l’héritage chimique pour expliquer ces préférences alimentaires. Selon cette théorie, les larves de bousiers, exposées à un type de déjection pendant leur développement, deviendraient des adultes préférant ce même type de déjection pour pondre leurs œufs. Cela garantirait que la ressource est adaptée à leur survie et à celle de leur descendance. Dans le cas de la Réserve africaine de Sigean, où l’espèce Onthophagus vacca a été observée en train de privilégier les crottins de zèbre, cette préférence pourrait résulter de 50 générations d’adaptation à ce type de déjection. À l’inverse, les bousiers étudiés par Laurent Dormont en 2004 provenaient d’enclos de bovins, ce qui aurait pu influencer leurs préférences. Cette hypothèse suggère que les préférences alimentaires des bousiers dépendent avant tout de l’accessibilité des ressources dans leur environnement.

Deux espèces très similaires

Une autre explication possible réside dans la confusion entre deux espèces de bousiers très proches : Onthophagus vacca et Onthophagus medius. Ces deux espèces, presque identiques visuellement, ont été distinguées grâce à des études génétiques menées dans les années 2010. Onthophagus vacca est généralement présente dans les régions chaudes et en basse altitude, tandis que Onthophagus medius préfère des climats plus tempérés. Les résultats contradictoires entre les études pourraient s’expliquer par le fait que les bousiers observés dans les bouses de vache avant 2010 étaient en réalité des Onthophagus medius, et non des Onthophagus vacca. Cette distinction souligne l’importance des analyses génétiques pour comprendre l’écologie des bousiers et leurs préférences alimentaires.

Ce que ça pourrait changer

Comprendre les préférences alimentaires des bousiers est crucial, car ces insectes rendent des services écosystémiques majeurs dans les pâturages. En se nourrissant et en enterrant les déjections, ils nettoient les herbages, permettant aux herbivores de brouter dans des conditions sanitaires améliorées. Ils participent aussi à la dispersion des graines, accélèrent la décomposition de la matière organique et réduisent la survie des parasites des grands herbivores. Par exemple, les œufs de parasites présents dans les déjections voient leur taux de survie diminuer en présence de bousiers, limitant ainsi les risques d’infestation. Ces services sont essentiels pour maintenir l’équilibre des écosystèmes pastoraux et pourraient être perturbés si les bousiers disparaissaient ou changeaient de comportement. Adapter les pratiques d’élevage pour mieux les protéger devient donc une priorité.

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