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Environnement

«Je les traite comme mes enfants» : dans les décombres de Gaza, ces apiculteurs tentent de sauver les abeilles

Vert.eco · mis à jour il y a 10 j

Malgré les bombardements, les déplacements forcés et la famine, ces apiculteurs gazouis continuent de prendre soin de leurs abeilles. La guerre a déjà coûté la vie à 20 d’entre eux, et 905 sont aujourd’hui sans emploi, selon une association locale..

Gaza et ses apiculteurs

Dans la bande de Gaza, une région palestinienne en guerre depuis octobre 2023, l'apiculture représente bien plus qu'un métier pour des familles comme celle d'Ahmed Al-Kahlout. Avant le conflit, Gaza produisait environ 380 tonnes de miel par an pour une consommation locale de 450 tonnes, ce qui en faisait presque autosuffisante. Cependant, la guerre a détruit cette industrie : 30 000 ruches ont été perdues, entraînant des pertes estimées à 39 millions de dollars pour le secteur. Les apiculteurs, comme Al-Kahlout, sont souvent contraints de fuir avec leurs ruches, qu'ils considèrent comme des membres de leur famille. Par exemple, Al-Kahlout a perdu sa maison, qui abritait aussi son matériel apicole, lors des premiers mois du conflit. Le quartier d'Al-Tuffah, à l'est de Gaza, illustre cette réalité : des ruches sont installées parmi les ruines, symbolisant la résilience des habitants malgré les destructions.

Rôle vital des abeilles

Les abeilles jouent un rôle écosystémique crucial à Gaza, car elles sont les principaux pollinisateurs des cultures locales. Sans elles, la production alimentaire est menacée. Selon Hamada Hamada, directeur de l'Association coopérative des apiculteurs de Gaza, leur disparition aurait des conséquences graves sur la régénération des plantes et la production de fruits et graines. Abdel Fattah Abd Rabbou, professeur en sciences environnementales, explique que la baisse des populations d'abeilles réduit l'efficacité de la pollinisation, affaiblissant ainsi la capacité des plantes à se régénérer. Avant la guerre, une ruche productive pouvait produire jusqu'à 12 kg de miel par an, mais aujourd'hui, cette quantité est quasi nulle en raison du manque de nourriture pour les abeilles et des destructions environnementales.

Crise humanitaire et apiculture

La crise humanitaire à Gaza, marquée par des pénuries alimentaires et une flambée des prix, a aussi touché les abeilles. Les apiculteurs, comme Marwan Shabbat, utilisent habituellement du sirop de sucre pour nourrir leurs colonies, mais les coûts élevés les obligent à improviser. Shabbat a redistribué du miel entre les ruches pour éviter leur mort. La cire d'abeille, essentielle pour la reproduction des colonies, est devenue rare sur le marché. Sans elle, les reines ne peuvent pas pondre leurs œufs, et les jeunes abeilles ne peuvent pas grandir. Le prix du miel a explosé, passant de 18 € le kg avant la guerre à 44-59 € le kg aujourd'hui. Le miel est désormais utilisé comme médicament, notamment pour traiter des affections comme la jaunisse, en raison de l'absence de médicaments accessibles.

Témoignages de résilience

Malgré les destructions et les pertes répétées, des apiculteurs comme Marwan Shabbat et Abu Mohammed Wahdan continuent de se battre pour sauver leurs ruches. Shabbat, qui a perdu plus de 400 ruches lors du conflit, a reconstruit son cheptel à deux reprises, mais chaque fois, la guerre l'a de nouveau privé de ses colonies. Aujourd'hui, il possède environ 170 ruches et affirme qu'il ramasserait les abeilles une par une pour repartir de zéro si nécessaire. Wahdan, quant à lui, a quitté Beit Hanoun dès le début de la guerre avec seulement deux ruches. Après avoir tout perdu, il a reçu une nouvelle ruche d'amis et en a produit une deuxième. Pour lui, cette ruche représente une joie plus grande que la naissance de ses enfants. Ces témoignages illustrent la détermination des apiculteurs à préserver un savoir-faire transmis sur trois générations.

Défis environnementaux

Les prairies et les arbres, comme l'eucalyptus ou le tamaris, qui nourrissaient autrefois les ruches de Gaza, ont été en grande partie détruits par la guerre. Les fortes pluies de l'hiver 2025-2026 ont permis une repousse temporaire de la végétation, mais les apiculteurs craignent pour l'avenir. Ahmed Al-Kahlout, qui possède aujourd'hui 60 ruches, explique que le manque de nourriture menace la survie de certaines colonies. Il dépense plus pour nourrir ses abeilles qu'il ne tire de revenus de la vente de miel. Les experts, comme le professeur Abd Rabbou, soulignent que les effets de la disparition des abeilles ne seront pas immédiats, mais se manifesteront progressivement sous forme de difficultés à régénérer le couvert végétal. La restauration de l'équilibre écologique à Gaza prendra des années.

Ce que ça pourrait changer

Les apiculteurs de Gaza, bien que confrontés à des défis immenses, refusent d'abandonner. Ahmed Al-Kahlout, par exemple, vérifie chaque matin ses 60 ruches dans le quartier d'Al-Tuffah, où sa famille pratique l'apiculture depuis trois générations. Malgré les destructions et les pertes, il trouve un soulagement dans l'observation de ses abeilles au travail. Cependant, la reprise du secteur dépendra de plusieurs facteurs : la fin des hostilités, l'accès à la cire d'abeille et aux intrants de base, ainsi que la restauration des écosystèmes locaux. Sans ces conditions, la production de miel et la pollinisation des cultures resteront compromises, aggravant la crise alimentaire et environnementale à Gaza.

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