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Culture

Alzheimer : comment faire face ? 2/4 : Les voies de la recherche

France Culture - Savoirs · mis à jour 22 sept.

Malgré plus de quarante ans de recherche médicamenteuse infructueuse, les connaissances sur Alzheimer ont quand même progressé : les techniques de diagnostic se sont améliorées, et de nouvelles voies sont explorées pour prévenir et tenter un jour de stopper l'évolution de la maladie..

Origines historiques

La maladie d'Alzheimer a été identifiée en 1906 par le psychiatre allemand Alois Alzheimer lors de l'autopsie du cerveau d'une patiente, Auguste Deters, âgée de 51 ans. Il y observa des lésions cérébrales inhabituelles chez une personne jeune, associées à des symptômes comme la perte de mémoire et des troubles du langage. Dans les années 1910, un autre psychiatre, Emil Kraepelin, forgea le terme maladie d'Alzheimer à partir de ces cas atypiques, alors que les démences étaient généralement attribuées au vieillissement. Pendant la première moitié du XXe siècle, la maladie fut largement oubliée, les scientifiques privilégiant l'hypothèse de causes vasculaires pour les démences liées à l'âge. Ce n'est qu'à partir des années 1960, avec l'utilisation du microscope électronique, que les lésions décrites par Alzheimer furent retrouvées chez des personnes âgées, relançant l'intérêt pour cette pathologie.

Mécanismes cérébraux

Deux protéines jouent un rôle central dans la maladie d'Alzheimer : la bêta-amyloïde et la protéine tau. La bêta-amyloïde s'accumule progressivement dans le cerveau, formant des plaques autour des neurones et perturbant leur fonctionnement. La protéine tau, normalement présente à l'intérieur des cellules nerveuses, subit une modification chimique qui la rend dysfonctionnelle, entraînant la mort des neurones touchés. Ces lésions apparaissent des années avant les premiers symptômes, créant un décalage entre les dérèglements biologiques et les troubles cognitifs. Une théorie dominante, la cascade amyloïde, suggère que les plaques de bêta-amyloïde déclenchent les altérations de la protéine tau. Cependant, le lien exact entre ces deux protéines reste mal compris, et la communauté scientifique débat encore sur la définition même de la maladie : doit-elle être diagnostiquée dès l'apparition des lésions ou seulement après l'apparition des symptômes ?

Recherche médicamenteuse

Depuis les années 1980, la recherche s'est concentrée sur le développement de médicaments pour traiter la maladie d'Alzheimer. Initialement, l'objectif était de rétablir les fonctions cognitives perdues, mais cette approche s'est révélée inefficace. Les premiers traitements approuvés, comme les inhibiteurs de l'acétylcholinestérase, visaient à compenser la neurodégénérescence en stimulant les fonctions résiduelles du cerveau. Plus récemment, de nouvelles molécules, les anticorps monoclonaux (comme le locanémab et le donanémab), ciblent directement les plaques de bêta-amyloïde. Ces médicaments, administrés par perfusion, montrent une efficacité limitée dans le ralentissement du déclin cognitif et ne sont pas encore disponibles en France. Une nouvelle stratégie émerge : administrer ces traitements en phase précoce, avant l'apparition des symptômes, pour potentiellement stopper l'évolution de la maladie. Cette approche préventive reste cependant en phase d'évaluation.

Prévention non médicamenteuse

Parallèlement à la recherche pharmaceutique, des études explorent des facteurs de risque modifiables pour prévenir ou ralentir la maladie. Parmi eux figurent le niveau d'éducation, l'activité physique, la consommation d'alcool, la dépression, l'isolement social ou encore les troubles de l'audition. Ces éléments, lorsqu'ils sont optimisés, peuvent renforcer les capacités cognitives et réduire le risque de développer Alzheimer. Par exemple, une meilleure prévention des maladies cardiovasculaires ou une prise en charge précoce des troubles auditifs contribuent à diminuer ce risque. Cependant, les chercheurs soulignent que l'individu ne peut agir seul : les pouvoirs publics ont un rôle clé à jouer, notamment en améliorant les conditions de vie dans les quartiers défavorisés, où le risque de démence est plus élevé. Aux États-Unis, des études ont montré que les habitants de ces zones avaient un risque accru de 20 à 30 % de développer une démence.

Ce que ça pourrait changer

Malgré l'augmentation du nombre de personnes atteintes d'Alzheimer en raison du vieillissement de la population, le risque individuel de développer la maladie a diminué depuis les années 1990. Par exemple, la proportion de personnes âgées développant Alzheimer aujourd'hui est inférieure à celle des années 1990 dans une même classe d'âge. Plusieurs facteurs expliquent cette tendance : l'augmentation de l'activité professionnelle des femmes, une meilleure prévention des maladies cardiovasculaires, ou encore une prise en charge accrue des troubles de l'audition. Ces actions de santé publique, bien que non spécifiquement ciblées contre Alzheimer, ont un impact indirect positif. Fabrice Gzil, philosophe spécialiste de la maladie, considère cette évolution comme un *message d'espoir*, montrant que des mesures globales peuvent réduire l'incidence de la maladie.

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