Alzheimer : comment faire face ? 2/4 : Les voies de la recherche
Quarante ans après l’identification des lésions cérébrales caractéristiques de la maladie d’Alzheimer, la recherche a radicalement changé de paradigme : des traitements ciblant les plaques amyloïdes émergent, tandis que la prévention non médicamenteuse s’impose comme un levier complémentaire. Pourtant, les débats persistent sur la définition même de la maladie, entre approche biologique précoce et symptomatologie tardive. Cette tension reflète une mutation profonde des enjeux, où l’espoir d’une guérison recule au profit d’une stratégie de ralentissement, voire de prévention.
Pourquoi la maladie d’Alzheimer a-t-elle été « oubliée » pendant la première moitié du XXe siècle ?
La maladie a été éclipsée par l’hypothèse dominante d’une origine vasculaire pour les démences liées à l’âge. Ce n’est qu’avec l’avènement du microscope électronique dans les années 1960 que les lésions décrites par Alois Alzheimer chez des sujets jeunes ont été retrouvées chez des personnes âgées, relançant l’intérêt pour cette pathologie sous le terme de « démence sénile de type Alzheimer ».
Quels sont les deux mécanismes biologiques centraux dans la progression de la maladie d’Alzheimer, et quel débat soulève leur lien ?
La maladie est associée à l’accumulation de la protéine bêta-amyloïde, formant des plaques autour des neurones, et à la modification chimique de la protéine tau, entraînant la mort cellulaire. Le lien entre ces deux phénomènes reste flou : la théorie de la cascade amyloïde, privilégiée par la recherche, suggère que les plaques amyloïdes déclenchent la dégénérescence de la protéine tau, mais ce mécanisme n’est pas consensuel.
En quoi les nouveaux médicaments comme le locanémab ou le donanémab diffèrent-ils des traitements antérieurs ?
Contrairement aux inhibiteurs de l’acétylcholinestérase, qui visaient à compenser la neurodégénérescence, ces anticorps monoclonaux ciblent directement les plaques amyloïdes pour les éliminer. Leur administration par perfusion les rend plus complexes et coûteux, mais surtout, leur efficacité reste limitée à un ralentissement du déclin cognitif, sans restauration des fonctions perdues.
Pourquoi le risque de développer Alzheimer diminue-t-il malgré l’augmentation du nombre de cas ?
Le vieillissement démographique explique l’accroissement du nombre total de malades, mais la proportion de personnes atteintes à un âge donné a baissé depuis les années 1990. Cette évolution s’explique par des facteurs indirects comme l’amélioration des conditions cardiovasculaires, une meilleure prise en charge des troubles auditifs, ou encore l’accès accru des femmes à l’emploi, qui renforcent les réserves cognitives.
Ce que ça pourrait changer
La recherche sur Alzheimer pourrait basculer vers une approche préventive, où les traitements seraient administrés avant l’apparition des symptômes, transformant la maladie en une condition gérable plutôt que fatale. Cependant, cette stratégie soulève des questions éthiques et économiques, notamment sur l’accès aux soins et la définition du statut de « malade » avant toute manifestation clinique. Par ailleurs, l’accent mis sur les facteurs de risque modifiables (activité physique, isolement social) pourrait redéfinir les politiques publiques de santé, en plaçant la prévention au cœur des priorités.

