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Culture

70 ans du congrès des écrivains et artistes noirs à la Sorbonne 4/9 : "Présence africaine", une histoire des lettres noires

France Culture - Savoirs · mis à jour il y a 23 h

Fondée par Alioune Diop, la revue "Présence africaine" devient après-guerre un foyer central de la pensée noire. L'écrivain Michel Le Bris revient sur cette aventure intellectuelle en évoquant les grandes figures de la négritude et le Congrès de 1956 à la Sorbonne, sur fond de luttes anticoloniales..

Fondation de Présence africaine

La revue Présence africaine est fondée en 1947 par l'écrivain et intellectuel sénégalais Alioune Diop. Elle devient rapidement un espace central pour les penseurs, écrivains et artistes issus des cultures noires, qu'ils soient originaires d'Afrique, des Antilles ou des États-Unis. La revue rassemble des figures majeures comme Aimé Césaire, Léopold Sédar Senghor ou encore l'Américain Richard Wright. Son objectif principal est de redonner une visibilité et une dignité aux cultures noires, souvent présentées comme inférieures pendant la période coloniale. Elle se positionne comme un lieu de dialogue et de réflexion, mêlant débats intellectuels et engagements politiques, notamment dans la lutte contre le colonialisme et pour les droits civiques. Paris, après la Seconde Guerre mondiale, devient ainsi un carrefour des idées anticoloniales et des revendications identitaires noires.

Négritude et culture noire

La négritude est un concept développé notamment par Aimé Césaire et Léopold Sédar Senghor dans les années 1930-1940. Il s'agit d'une affirmation de l'identité et de la fierté noire, en réaction à des siècles de domination coloniale et de mépris culturel. Pour Césaire, la négritude est une manière de revendiquer une culture et une histoire propres, en opposition à l'assimilation forcée imposée par les puissances coloniales. Senghor, quant à lui, défend l'idée d'une civilisation négro-africaine riche et distincte, qu'il oppose à la vision occidentale. Ces idées trouvent un écho dans la revue Présence africaine, qui en fait un pilier de ses réflexions. La négritude n'est pas seulement une posture littéraire ou philosophique, mais aussi un outil politique pour préparer les indépendances des pays africains et antillais.

Congrès de 1956 à la Sorbonne

Du 19 au 22 septembre 1956, Présence africaine organise à la Sorbonne, à Paris, le premier Congrès des écrivains et artistes noirs. Cet événement rassemble une soixantaine de participants venus d'Afrique, des Antilles, des États-Unis et d'Europe. Il se tient dans l'amphithéâtre Descartes, un lieu symbolique ayant accueilli en 1948 la Déclaration universelle des droits de l'homme. L'objectif du congrès est de réfléchir à ce qui unit les peuples noirs et à la possibilité de construire une culture commune. Parmi les débats, on trouve des discussions sur l'histoire de la colonisation, la ségrégation raciale aux États-Unis et l'affirmation d'une conscience noire transnationale. Alioune Diop, fondateur de la revue, qualifie cet événement de Bandung de la culture noire, en référence à la conférence de Bandung de 1955, où les pays afro-asiatiques ont affirmé leur indépendance face aux puissances coloniales.

Rôle politique de la revue

La revue Présence africaine ne se limite pas à un rôle intellectuel ou culturel : elle joue un rôle politique majeur dans les luttes anticoloniales et les revendications pour les droits civiques. En réunissant des penseurs et artistes de différentes origines, elle contribue à créer une solidarité entre les peuples noirs, malgré les frontières géographiques et les contextes historiques distincts. La revue devient un outil pour préparer les indépendances des pays africains et antillais, en offrant une plateforme pour discuter des stratégies de libération. Elle s'inscrit dans un mouvement plus large, où la culture est perçue comme un moyen de reprendre en main son histoire et de lutter contre les oppressions. Son influence s'étend bien au-delà des cercles littéraires, touchant aussi les mouvements politiques et sociaux de l'époque.

Ce que ça pourrait changer

L'héritage de *Présence africaine* et du Congrès de 1956 est immense. La revue a non seulement marqué l'histoire des lettres noires, mais elle a aussi inspiré des générations d'écrivains, d'artistes et d'intellectuels engagés. Michel Le Bris, écrivain et créateur du festival *Étonnants Voyageurs*, revient sur cette aventure intellectuelle dans un récit publié en 2010. Il souligne l'importance de ces figures et de ces événements dans la construction d'une identité noire moderne, à la fois ancrée dans l'histoire et tournée vers l'avenir. Aujourd'hui, *Présence africaine* reste une référence pour comprendre les enjeux culturels et politiques des diasporas africaines et antillaises. Son histoire illustre comment la culture peut être un levier de libération et d'émancipation.

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