70 ans du congrès des écrivains et artistes noirs à la Sorbonne 4/9 : "Présence africaine", une histoire des lettres noires
En 1956, la revue Présence africaine organisait à la Sorbonne un congrès historique qui a marqué l’émergence d’une conscience culturelle noire transnationale. À travers le récit de Michel Le Bris, ce podcast explore comment cette initiative intellectuelle, née dans l’après-guerre, a articulé lutte anticoloniale, affirmation identitaire et émancipation par la culture, dans un contexte où les voix afro-descendantes cherchaient à se réapproprier leur histoire face à l’héritage colonial.
En quoi le Congrès des écrivains et artistes noirs de 1956 à la Sorbonne peut-il être comparé à la conférence de Bandung de 1955 ?
Alioune Diop, fondateur de Présence africaine, y voyait un second événement fondateur, car comme Bandung, ce congrès a réuni des représentants de différentes régions du monde pour affirmer une identité commune et une volonté d’émancipation politique et culturelle. Tous deux ont marqué un tournant dans la construction d’une solidarité afro-asiatique face à l’impérialisme, mais Bandung était un sommet politique tandis que le congrès de 1956 à Paris était avant tout un rassemblement culturel et intellectuel.
Quels étaient les principaux enjeux politiques et culturels portés par Présence africaine dans l’après-guerre ?
La revue s’est donnée pour mission de redonner une dignité aux cultures noires, souvent présentées comme inférieures par le discours colonial, et de penser les conditions de leur émancipation. Elle a ainsi servi de plateforme pour articuler les luttes anticoloniales, le combat pour les droits civiques aux États-Unis, et l’affirmation d’une négritude comme concept philosophique et littéraire, incarné notamment par Aimé Césaire ou Léopold Sédar Senghor.
Comment l’amphithéâtre Descartes de la Sorbonne est-il devenu un lieu symbolique pour ce congrès ?
L’amphithéâtre Descartes avait accueilli en 1948 la Déclaration universelle des droits de l’homme, ce qui en faisait un espace hautement symbolique pour un congrès revendiquant une justice culturelle et politique pour les peuples noirs. Ce choix de lieu renforçait la légitimité des revendications portées par les participants, en les ancrant dans une tradition universaliste tout en les détournant pour servir une cause spécifique.
Ce que ça pourrait changer
Cette réappropriation culturelle par les intellectuels noirs, portée par des figures comme Césaire ou Senghor, a non seulement influencé les mouvements de décolonisation, mais aussi posé les bases d’une littérature et d’une pensée postcoloniales qui continuent de structurer les débats contemporains sur l’identité, la race et la justice. Elle rappelle aussi que la culture peut être un levier de résistance politique, bien au-delà du simple domaine artistique.

