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Langue populaire, langue savante : des différences à reconsidérer pour mieux lutter contre les inégalités scolaires

Source unique·il y a 7 j

L’école française, héritière d’un modèle scolaire conçu pour les élites, perpétue des inégalités en niant la complexité des langues populaires et leur autonomie culturelle. Plutôt que de considérer ces langues comme des versions appauvries de la langue savante, ne faudrait-il pas y voir des systèmes linguistiques distincts, porteurs de logiques sociales et cognitives différentes, mais tout aussi valides ? Une relecture des travaux en sociolinguistique et anthropologie pourrait éclairer les impasses actuelles des politiques éducatives et ouvrir la voie à une école plus inclusive.

En quoi la distinction entre langue populaire et langue savante dépasse-t-elle une simple question de niveau de maîtrise linguistique ?

La langue populaire n’est pas une version simplifiée de la langue savante, mais un système linguistique autonome, ancré dans une tradition orale où la parole n’est pas une propriété individuelle mais un bien collectif. Contrairement à la langue savante, qui repose sur une réflexivité scripturaire et une décontextualisation des discours, la langue populaire s’inscrit dans un rapport au langage où l’oralité prime, sans hiérarchie a priori entre les deux formes. Cette distinction remet en cause l’idée d’un déficit des élèves issus de milieux populaires, pour interroger plutôt les normes scolaires qui favorisent une seule forme de langage.

Quels travaux fondateurs permettent de comprendre cette dichotomie entre oralité et écriture dans le champ éducatif ?

Les recherches d’Élisabeth Bautier et Roland Goigoux ont mis en lumière la notion de secondarisation, c’est-à-dire la capacité à prendre la langue comme objet de réflexion, caractéristique de la langue savante. Ces travaux s’appuient sur des théoriciens comme Mikhail Bakhtine, Basil Bernstein ou Bernard Lahire, qui opposent un langage oral-pratique (lié aux milieux populaires) à un langage scripturaire-scolaire (typique des classes moyennes et supérieures). Jack Goody, avec sa théorie de la raison graphique, souligne quant à lui comment l’écriture transforme notre rapport au monde, notamment en individualisant la parole et en permettant une décontextualisation des discours.

Pourquoi la langue savante est-elle perçue comme un obstacle pour les élèves des milieux populaires, alors qu’elle est censée être la norme scolaire ?

La langue savante, en valorisant une parole individuelle et réflexive, s’impose comme la seule forme légitime dans l’institution scolaire, ignorant que les langues populaires reposent sur des logiques sociales et cognitives différentes mais tout aussi complexes. Cette exclusion repose sur un ethnocentrisme graphique : l’école, en privilégiant l’écrit, nie la valeur des pratiques orales, alors même que ces dernières peuvent mobiliser des compétences de haute complexité, comme en témoignent les sociétés sans écriture où l’oralité structure la pensée collective.

Quelles conséquences concrètes cette analyse implique-t-elle pour les politiques éducatives actuelles ?

Plutôt que de chercher à corriger les langues populaires pour les rapprocher de la langue savante, l’école devrait reconnaître leur légitimité et offrir aux élèves les outils pour convertir leurs compétences linguistiques en un capital scolaire valorisé. Cela suppose de repenser les méthodes d’enseignement pour inclure la diversité des rapports au langage, et de lutter contre l’assimilation systématique des difficultés d’apprentissage à des troubles du développement, comme le soulignent les travaux de Philippe Meirieu ou les analyses sur la pauvreté comme facteur d’échec scolaire.

Ce que ça pourrait changer

Une prise en compte des langues populaires comme systèmes autonomes pourrait transformer les pratiques pédagogiques, en remplaçant la logique de rattrapage par une approche inclusive valorisant la diversité des compétences langagières. Cela impliquerait aussi de questionner les fondements mêmes de l’institution scolaire, conçue pour une élite lettrée, et d’envisager des réformes structurelles pour réduire les inégalités. Cependant, cette remise en cause des normes scolaires pourrait rencontrer des résistances, tant les représentations de la bonne langue sont ancrées dans les mentalités éducatives.

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