Marian Rojas, psychiatre : « Nous ne sommes pas seulement fatigués de travailler, de tout faire, mais aussi de prendre tant de décisions, car cela consomme nos ressources cognitives. »
La fatigue contemporaine ne se limite plus à l’épuisement physique lié au travail, mais s’étend à une surcharge décisionnelle qui épuise nos ressources cognitives. Cette analyse, portée par la psychiatre Marian Rojas, interroge les mécanismes psychologiques et sociaux d’une société où la multiplication des choix individuels devient un facteur de stress systémique, avec des répercussions potentielles sur la santé mentale et la productivité collective.
Quelle distinction Marian Rojas établit-elle entre la fatigue physique et la fatigue décisionnelle ?
Selon la psychiatre, la fatigue physique résulte de l’effort fourni dans l’exécution des tâches, tandis que la fatigue décisionnelle découle de l’accumulation des choix à effectuer, même mineurs. Cette dernière consomme des ressources cognitives limitées, créant une forme d’épuisement distincte, souvent sous-estimée dans les analyses traditionnelles du stress professionnel.
Pourquoi la psychiatre considère-t-elle que notre époque est particulièrement propice à cette surcharge décisionnelle ?
Marian Rojas souligne que les sociétés modernes imposent une hyper-choix dans des domaines variés (consommation, travail, vie privée), combiné à une pression accrue pour optimiser chaque décision. Cette dynamique, amplifiée par les technologies et les réseaux sociaux, rend le cerveau moins capable de gérer l’incertitude et la complexité, même pour des décisions anodines.
Quels sont les risques concrets liés à cette fatigue décisionnelle, selon l’analyse de la psychiatre ?
La psychiatre met en garde contre une baisse de la qualité des décisions, une augmentation des erreurs, voire un repli sur des comportements automatiques ou impulsifs pour réduire l’effort cognitif. À long terme, cela pourrait favoriser l’anxiété, la procrastination ou des troubles de l’attention, avec des impacts sur la performance professionnelle et la qualité de vie.
Ce que ça pourrait changer
Cette prise de conscience invite à repenser les modèles de travail et de vie sociale en intégrant des mécanismes de réduction de la charge décisionnelle, comme la standardisation des processus ou l’automatisation des choix répétitifs. Elle pourrait aussi justifier des politiques publiques ou des stratégies managériales visant à limiter l’impact du decision fatigue sur la santé mentale, notamment dans des secteurs où la prise de décision est critique. À l’échelle individuelle, cela pourrait encourager des pratiques de simplification volontaire, comme la réduction des options disponibles ou l’adoption de routines pour préserver les ressources cognitives.

