Marian Rojas, psychiatre : « Nous ne sommes pas seulement fatigués de travailler, de tout faire, mais aussi de prendre tant de décisions, car cela consomme nos ressources cognitives. »
On rentre souvent lessivé le soir en accusant la charge de travail. Pourtant, une part de cet épuisement vient d'ailleurs, de l'avalanche de petits choix qui ponctuent la journée.
Selon la psychiatre Marian Rojas, notre épuisement actuel ne provient pas uniquement de l’effort physique ou mental lié au travail, mais aussi de la surcharge de décisions à prendre au quotidien. Elle explique que notre cerveau dispose de ressources cognitives limitées, comparables à une batterie qui se décharge progressivement. Chaque choix, même anodin comme choisir un menu ou une tenue vestimentaire, mobilise ces ressources. Avec l’augmentation des options disponibles (dans les supermarchés, les abonnements, les réseaux sociaux), le nombre de décisions quotidiennes explose, épuisant prématurément notre capacité à réfléchir clairement. Cette fatigue décisionnelle s’ajoute à la fatigue physique et peut mener à des erreurs, une irritabilité ou une sensation de surcharge mentale.
Marian Rojas utilise le terme ressources cognitives pour désigner l’énergie mentale dont dispose notre cerveau pour traiter les informations et prendre des décisions. Ces ressources sont comparables à un budget limité : plus nous les utilisons, moins nous en avons pour d’autres tâches. Par exemple, après une journée de travail intense ou une série de choix complexes, il devient difficile de se concentrer sur des problèmes nécessitant de la réflexion. Cette idée s’appuie sur des travaux en psychologie cognitive, notamment ceux du prix Nobel Daniel Kahneman, qui distingue deux modes de pensée : un système rapide et intuitif (utilisé pour les décisions simples) et un système lent et analytique (nécessaire pour les choix importants). La fatigue cognitive survient lorsque le système lent est sollicité en permanence.
La psychiatre souligne que cette fatigue décisionnelle a des conséquences concrètes sur notre vie quotidienne. Elle peut se manifester par une procrastination accrue (difficulté à prendre des décisions même simples), une baisse de productivité, ou une tendance à éviter les choix importants. Par exemple, une personne épuisée par des décisions professionnelles ou personnelles peut avoir du mal à organiser ses courses ou à planifier ses loisirs. Marian Rojas précise que cette fatigue n’est pas liée à une paresse ou à un manque de volonté, mais à un épuisement des capacités cérébrales. Elle recommande de réduire le nombre de décisions inutiles (en automatisant certaines tâches ou en limitant les options) pour préserver ces ressources.
Pour contrer cette fatigue, Marian Rojas propose plusieurs pistes. La première consiste à simplifier son environnement en réduisant le nombre de choix quotidiens, par exemple en adoptant des routines (comme porter toujours les mêmes vêtements ou manger les mêmes plats). Une autre solution est de déléguer certaines décisions à des outils ou à des proches. Elle cite l’exemple des listes de tâches ou des assistants vocaux pour automatiser des choix répétitifs. Enfin, elle insiste sur l’importance de prendre des pauses régulières pour recharger ses ressources cognitives, en s’adonnant à des activités relaxantes comme la marche ou la méditation. Ces méthodes visent à préserver la capacité de réflexion pour les décisions réellement importantes.

