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Féminisation des conseils d’administration : une bonne nouvelle qui complique l’équité salariale

Source unique·5 oct.

La féminisation des conseils d’administration, souvent présentée comme un levier d’équité salariale, révèle des effets contre-intuitifs dans certaines configurations institutionnelles. Une étude sur les entreprises chinoises cotées entre 2007 et 2022 montre que l’augmentation de la représentation féminine dans les instances dirigeantes s’accompagne paradoxalement d’écarts de rémunération plus marqués entre PDG et salariés, tout en améliorant la performance financière. Ce résultat interroge la corrélation automatique entre diversité de genre et réduction des inégalités économiques, soulignant la nécessité de repenser les politiques publiques en matière de gouvernance et de transparence salariale.

Quels sont les deux phénomènes observés simultanément dans les entreprises chinoises où les conseils d’administration comptent davantage de femmes ?

D’une part, ces entreprises affichent des écarts de rémunération plus importants entre les PDG et les salariés, et d’autre part, elles enregistrent une meilleure performance financière. Ce paradoxe suggère que la présence de femmes dans les conseils ne se traduit pas par une réduction des inégalités salariales, mais plutôt par une exigence accrue de performance qui légitime des rémunérations élevées pour les dirigeants.

Pourquoi les chercheurs ont-ils choisi d’étudier le cas des entreprises chinoises plutôt que des économies occidentales ?

La Chine offre un terrain de comparaison pertinent car elle partage avec l’Europe une tradition de gouvernance à parties prenantes multiples et encourage activement la féminisation des instances dirigeantes, tout en présentant un cadre institutionnel radicalement différent, notamment avec la présence du Parti communiste chinois dans les structures décisionnelles. Cette spécificité permet d’isoler l’effet de la féminisation des conseils des autres variables institutionnelles.

En quoi les résultats de cette étude diffèrent-ils de ceux d’une recherche américaine récente sur le même sujet ?

L’étude américaine, basée sur le mandat californien imposant une représentation minimale de femmes dans les conseils, montre que la diversité de genre réduit les écarts salariaux entre PDG et salariés. À l’inverse, l’étude chinoise révèle que cette diversité creuse ces écarts tout en améliorant la performance. Cette divergence met en lumière l’influence du cadre institutionnel et culturel sur l’impact de la féminisation des conseils.

Quel enseignement les régulateurs européens pourraient-ils tirer de ces résultats pour concevoir leurs politiques de gouvernance et d’équité salariale ?

Les régulateurs devraient considérer que la féminisation des conseils d’administration et la réduction des écarts salariaux sont deux objectifs distincts, nécessitant des instruments complémentaires plutôt que substituables. La directive européenne sur la transparence salariale et les quotas de genre doivent être pensés de manière coordonnée, sans présupposer que l’un découle automatiquement de l’autre.

Ce que ça pourrait changer

Ces résultats invitent à repenser les politiques publiques en matière de diversité et d’équité salariale, en évitant les effets d’aubaine où la féminisation des conseils serait présentée comme une solution universelle. Ils soulignent aussi la nécessité d’adapter les régulations aux spécificités nationales, notamment en France où les mécanismes de gouvernance (administrateurs indépendants, comités de rémunération) et les pressions des investisseurs institutionnels façonnent différemment l’impact de la féminisation. Enfin, cette étude rappelle que l’efficacité des politiques de diversité ne se mesure pas uniquement à l’aune de l’égalitarisme salarial, mais aussi à travers la qualité de la supervision des dirigeants.

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