Nouveau Code de déontologie des architectes : les contrats des architectes sont-ils toujours adaptés ? Par Morgan Jamet, Avocat.
Le décret n° 2026-568 du 26 juin 2026, entré en vigueur le 1er juillet 2026, révisé le Code des devoirs professionnels des architectes en un Code de déontologie. Cette réforme modernise des règles vieilles de plus de quarante ans, mais surtout renforce des obligations existantes et en introduit de nouvelles, notamment en matière de transparence et de contractualisation. L’enjeu n’est pas seulement symbolique : les contrats des architectes, souvent conçus avant cette date, doivent désormais être réévalués pour s’assurer de leur conformité avec ce nouveau cadre déontologique, sous peine de risques disciplinaires ou contentieux.
Quels sont les changements symboliques et juridiques majeurs introduits par le nouveau Code de déontologie des architectes ?
Le changement le plus visible est le passage d’un Code des devoirs professionnels à un Code de déontologie, mais la réforme va bien au-delà. Elle formalise et renforce des principes comme l’indépendance, l’objectivité et l’impartialité de l’architecte, tout en élargissant les obligations de transparence, notamment sur les conflits d’intérêts. Le texte précise aussi les modalités de rupture des contrats et renforce l’obligation de contractualisation des honoraires, avec des exigences accrues en matière de preuve et de formalisation des engagements.
Pourquoi les liens de subordination avec des acteurs de la construction sont-ils désormais au cœur des obligations de déclaration des architectes ?
L’article 29 du nouveau Code étend explicitement les liens d’intérêts à déclarer devant le conseil régional de l’Ordre aux liens de subordination avec des personnes ou entités dont l’activité profite directement ou indirectement de la construction. Cette mesure vise à prévenir les situations où un architecte pourrait être influencé, consciemment ou non, par des intérêts financiers ou hiérarchiques liés à des acteurs du secteur. La transparence devient ainsi un outil de protection de l’indépendance professionnelle.
En quoi la rupture unilatérale d’un contrat par un architecte peut-elle être considérée comme une faute professionnelle, et dans quels cas est-elle justifiée ?
Le Code de déontologie considère que la rupture unilatérale d’un contrat par un architecte constitue en principe une faute professionnelle, sauf si elle intervient pour des motifs justes et raisonnables. Parmi ces motifs figurent la perte de confiance du client, un conflit d’intérêts avéré, une atteinte à l’indépendance de l’architecte, ou encore une violation par le client des clauses contractuelles. Cette distinction entre déontologie et droit commun souligne la complexité de l’articulation entre les deux régimes.
Comment les contrats des architectes doivent-ils évoluer pour intégrer les nouvelles exigences déontologiques, notamment sur les conflits d’intérêts ?
Les contrats doivent désormais prévoir des mécanismes permettant de prouver la transparence sur les conflits d’intérêts. Cela passe par l’identification claire des liens à déclarer, la conservation des preuves de leur déclaration à l’Ordre, et surtout l’information systématique du client avant tout engagement, assortie d’un visa attestant de cette communication. Un formulaire type ou une annexe dédiée peut faciliter cette traçabilité, sans nécessairement alourdir le contrat principal.
Ce que ça pourrait changer
Cette réforme pourrait entraîner une refonte partielle des pratiques contractuelles des architectes, avec un accent accru sur la formalisation écrite et la preuve des engagements. Les agences devront adapter leurs processus internes pour garantir la conformité déontologique, sous peine de sanctions ordinales ou de contentieux. À plus long terme, cette évolution pourrait aussi renforcer la confiance des clients dans la profession, en clarifiant les responsabilités et les limites des missions.

