La protection du français au Canada pourrait coûter plus de 130 M$
La mise en œuvre de la Loi sur l’usage du français dans les entreprises privées de compétence fédérale (LUFEP) s’annonce comme un chantier coûteux, avec un budget estimé à plus de 130 millions de dollars jusqu’en 2032. Au-delà des chiffres, cette initiative soulève des questions sur l’équilibre entre les coûts pour l’État et les entreprises, et les bénéfices attendus pour la francophonie canadienne, dans un contexte où son application reste partielle et incertaine.
Quels sont les principaux postes de dépenses liés à la LUFEP selon le Bureau de la directrice parlementaire du budget ?
Les coûts se répartissent principalement entre les entreprises privées, qui devraient dépenser 81,9 millions de dollars, dont 61,9 millions pour la formation linguistique de leurs employés et 18,8 millions pour la traduction de documents en français. Le gouvernement fédéral, de son côté, devrait consacrer 50,2 millions de dollars, dont 35,6 millions alloués au Commissariat aux langues officielles pour renforcer ses effectifs et traiter les plaintes supplémentaires.
Pourquoi les entreprises privées pourraient-elles résister à l’application de cette loi ?
Les entreprises craignent des coûts supplémentaires et une complexité accrue dans la gestion de leurs ressources humaines, notamment en raison de l’incertitude sur le nombre d’employés qui exigeront un environnement de travail en français. Des représentations ont déjà été faites au Comité permanent des langues officielles pour alléger les critères, suggérant une opposition potentielle lors de la mise en œuvre.
Quelles régions seront concernées par la LUFEP et à quelle échéance ?
La loi s’appliquera d’abord au Québec à partir du 1er avril 2027, puis dans certaines régions à forte proportion de francophones en Nouvelle-Écosse, en Ontario, au Manitoba et en Alberta à compter du 1er avril 2029. Cette application progressive laisse des zones d’ombre sur l’étendue réelle de la couverture géographique.
Ce que ça pourrait changer
Cette loi pourrait renforcer la place du français dans le secteur privé fédéral, mais son efficacité dépendra de son extension à l’ensemble du pays et de la capacité des entreprises à absorber les coûts. Elle interroge aussi sur la volonté politique de généraliser le bilinguisme, dans un contexte où les provinces non couvertes pourraient être exclues de cette dynamique.

