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DROIT

57 millions d'euros saisis : pourquoi les capitaux ukrainiens se méfient de la France et de Monaco. Par Andrii Denysenko, Avocat.

Source unique·il y a 16 j

L’affaire Bogouslaïev, qui a conduit au gel de 57 millions d’euros d’actifs ukrainiens en France et à Monaco, révèle une tension structurelle entre la légitimité juridique des capitaux en Ukraine et leur acceptabilité sous le prisme du droit français. Cette divergence expose les entrepreneurs ukrainiens à des risques systémiques, non pas en raison d’une fermeture française, mais d’une conformité renforcée où l’origine des fonds, leur traçabilité et leur justification économique deviennent des critères centraux pour les autorités.

Quels mécanismes juridiques français permettent de contester l’origine des capitaux ukrainiens, même lorsqu’ils sont considérés comme licites en Ukraine ?

La France s’appuie sur plusieurs leviers : l’article 324-1 du Code pénal, qui sanctionne le blanchiment dès lors qu’un doute existe sur l’origine des fonds, et l’article L561-10-2 du Code monétaire et financier, qui impose un examen approfondi des opérations jugées complexes ou sans justification économique claire. Les autorités peuvent ainsi remonter jusqu’à la source des capitaux, exiger des preuves de leur légitimité et saisir les actifs concernés si les éléments fournis sont insuffisants.

Qui sont les acteurs institutionnels français impliqués dans ce type d’enquêtes transnationales, et comment collaborent-ils ?

L’enquête coordonnée par Eurojust mobilise la JUNALCO (Juridiction nationale de lutte contre la criminalité organisée), le parquet de Paris, l’ONAF (Office national anti-fraude) et l’AGRASC (Agence de gestion et de recouvrement des avoirs saisis et confisqués). Ces entités, placées sous la tutelle des ministères de la Justice et des Comptes publics, travaillent en équipe commune avec les autorités ukrainiennes et monégasques pour analyser les flux financiers et confisquer les actifs illégalement acquis.

Pourquoi cette affaire pourrait-elle dissuader certains investisseurs ukrainiens, malgré l’absence de preuve de malversation dans leur cas ?

Le risque réside dans la perception du risque juridique : même pour des capitaux licites, les autorités françaises peuvent exiger une documentation exhaustive sur leur origine, leur structure de détention et leur transfert. L’absence de préparation préalable ou de conseils juridiques transfrontaliers sophistiqués expose les investisseurs à des blocages, des saisies temporaires ou des procédures longues, ce qui peut décourager des projets pourtant légitimes.

Quel marché juridique émergent cette affaire met-elle en lumière entre l’Ukraine et la France ?

Un écosystème de conseil transfrontalier se développe, où les cabinets français et ukrainiens collaborent pour structurer les investissements avant leur transfert. Les avocats ukrainiens documentent l’historique des capitaux, tandis que les professionnels français vérifient leur conformité au regard du droit français, de la fiscalité et des règles anti-blanchiment. Ce marché cible notamment les entreprises ukrainiennes internationalisées, comme DTEK ou Metinvest, qui cherchent à sécuriser leurs actifs en Europe.

Ce que ça pourrait changer

Cette affaire pourrait renforcer la méfiance des investisseurs ukrainiens envers les destinations européennes perçues comme trop intrusives, tout en créant une demande accrue pour des services juridiques spécialisés en conformité transfrontalière. À plus long terme, elle pourrait aussi inciter la France à clarifier ses critères d’acceptation des capitaux étrangers, afin d’éviter des blocages injustifiés tout en maintenant son arsenal anti-blanchiment.

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