Laissez votre café refroidir, le boire trop chaud triple le risque de cancer de l'œsophage
Une étude récente révèle un lien troublant entre la température des boissons chaudes et l'augmentation du risque de cancer de l'œsophage, remettant en cause des habitudes culturelles ancrées. Si les mécanismes biologiques restent partiellement énigmatiques, les données épidémiologiques soulignent une corrélation préoccupante, invitant à repenser les seuils de consommation. Pourtant, l'impact réel de cette découverte sur les pratiques quotidiennes interroge, entre prudence scientifique et résistance des usages sociaux.
Quelle est la nature exacte du lien établi entre boissons chaudes et cancer de l'œsophage ?
Les chercheurs observent une multiplication par trois du risque de carcinome épidermoïde de l'œsophage (CEO) chez les consommateurs réguliers de café ou de thé brûlants, par rapport à ceux qui les préfèrent tièdes. Ce risque s'aggrave encore (71% de plus) si la consommation dépasse six tasses par jour, suggérant un effet cumulatif de la chaleur et de la fréquence d'exposition.
Pourquoi certains experts contestent-ils la portée causale de cette étude ?
Des scientifiques comme Muy-Teck Teh soulignent que les résultats établissent une association robuste plutôt qu'une preuve directe de causalité. Ils rappellent que d'autres facteurs, comme l'alcool ou le tabac, restent des causes majeures de CEO, et que la rareté de cette maladie limite la généralisation des conclusions.
Quels mécanismes biologiques pourraient expliquer ce risque accru ?
Les chercheurs suspectent que la chaleur endommage les cellules de l'œsophage, notamment dans sa partie supérieure, en provoquant une inflammation chronique. Ce stress cellulaire pourrait favoriser, à long terme, le développement de lésions précancéreuses, un processus déjà évoqué par le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) en 2016.
Dans quelle mesure cette étude pourrait-elle influencer les recommandations sanitaires ?
Si l'étude suggère qu'éviter les boissons à plus de 65°C réduirait de 14% les nouveaux cas de CEO au Royaume-Uni, les experts restent prudents. Gilbert Welch rappelle que le CEO reste une maladie rare (1,1 cas pour 100 000 personnes en 2023), et que les habitudes culturelles, comme le café ou le thé chaud, sont difficiles à modifier malgré les alertes.
Ce que ça pourrait changer
Cette découverte pourrait inciter les autorités sanitaires à intégrer la température des boissons dans les campagnes de prévention, aux côtés des messages sur l'alcool ou le tabac. Cependant, son impact réel dépendra de la capacité à concilier preuves scientifiques et acceptation sociale, dans un contexte où les pratiques de consommation sont souvent liées à des rituels ancestraux ou à des préférences personnelles.

