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DROIT

Trust américain : ce que le décès du constituant déclenche en France. Par Marc Uzan, Avocat.

Source unique·il y a 3 j

Le décès d’un constituant d’un trust américain peut déclencher des obligations fiscales et déclaratives complexes en France, où le droit civil ignore cette institution mais où le fisc la saisit avec rigueur. L’article explore comment ce mécanisme, souvent méconnu des bénéficiaires français, expose ces derniers à des sanctions lourdes en cas de non-déclaration, révélant les tensions entre droit international et fiscalité nationale.

Pourquoi un trust américain, institution inconnue du droit civil français, est-il soumis à l’impôt en France ?

Le droit fiscal français intègre le trust via l’article 792-0 bis du Code général des impôts, qui vise toute relation juridique étrangère plaçant des biens sous contrôle d’un administrateur pour le compte de bénéficiaires. Dès qu’un lien avec la France existe — par exemple un bénéficiaire domicilié en France ou un bien situé sur le territoire —, le fisc français considère ces biens comme faisant partie du patrimoine taxable, notamment au décès du constituant.

Quels sont les risques encourus si un trust américain n’est pas déclaré en France après le décès du constituant ?

Outre les droits de succession éventuels, chaque déclaration manquante (formulaire 2181-TRUST1 ou 2181-TRUST2) expose à une amende de 20 000 €, indépendamment de la valeur des biens ou de l’absence d’impôt dû. En cas de rappel fiscal, une majoration de 80 % peut s’ajouter, et le délai de rectification de l’administration peut être prolongé jusqu’à dix ans. Les bénéficiaires réputés constituants, comme les enfants domiciliés en France, sont solidairement responsables du paiement de ces amendes.

Comment la convention franco-américaine de 1978 influence-t-elle l’imposition des trusts après un décès ?

Cette convention peut limiter le droit de la France à imposer les biens d’un trust lorsque le constituant était domicilié aux États-Unis au moment de son décès. Sans cette convention, la France taxerait les biens selon des règles strictes : un taux de 45 % sans abattement si les parts ne sont pas déterminées, ou un barème progressif avec un abattement de 100 000 € par enfant si les parts sont individualisées. Son analyse est donc cruciale pour éviter une double imposition.

Pourquoi les bénéficiaires français de trusts américains ignorent-ils souvent leurs obligations déclaratives ?

Le trustee américain, souvent méconnaisseur du droit fiscal français, n’est pas toujours en mesure d’alerter les bénéficiaires. Ces derniers, notamment les enfants installés en France, découvrent tardivement l’existence de déclarations obligatoires (dans un délai d’un mois après le décès) ou sous-estiment leur responsabilité solidaire en cas de manquement. L’administration fiscale, bien que parfois compréhensive en cas de bonne foi, durcit progressivement son contrôle sur ces structures.

Ce que ça pourrait changer

La montée en puissance des obligations déclaratives autour des trusts américains pourrait renforcer la pression fiscale sur les résidents français détenteurs de tels actifs, même indirectement. Les professionnels du droit anticipent une vigilance accrue de l’administration, avec un risque de sanctions systématiques en cas de non-respect des délais ou des formulaires, indépendamment de la bonne foi des parties. Pour les familles concernées, une régularisation proactive, encadrée par un avocat spécialisé, devient un impératif pour limiter les coûts financiers et juridiques.

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