NapseflowNapseflow
GÉOPOLITIQUE

Pourquoi le capitalisme n’arrive plus à penser un futur habitable ?

Source unique·il y a 1 j

Le capitalisme contemporain se heurte à une contradiction fondamentale : il ne parvient plus à concevoir un futur habitable, car son fonctionnement repose sur une appropriation systématique des ressources et des revenus futurs, au détriment des générations à venir. L’ouvrage L’Alibi du Capital de Timothy Mitchell révèle comment cette logique, incarnée par des institutions comme la société par actions ou les infrastructures durables, transforme l’avenir en actif négociable, tout en externalisant les coûts vers le futur. Une analyse qui interroge la viabilité même du système économique dominant.

En quoi la société par actions illustre-t-elle la relation problématique du capitalisme avec le futur ?

La société par actions incarne une logique où l’avenir est monétisé dès le présent : en vendant des droits sur ses bénéfices futurs, elle transforme ceux-ci en actifs négociables à prix réduit, créant une dette envers les générations futures. Ce mécanisme, qui repose sur l’actualisation des revenus futurs, permet aux actionnaires actuels de capter une valeur qui sera remboursée plus tard — souvent au prix d’un appauvrissement des travailleurs ou d’une hausse des coûts pour les usagers. L’exemple des chemins de fer au XIXe siècle montre comment cette dynamique a structuré des infrastructures dont la rentabilité dépendait de leur capacité à repousser les revenus sur des décennies, tout en externalisant les coûts immédiats.

Pourquoi Timothy Mitchell considère-t-il le « sabotage » comme un moteur central du capitalisme contemporain ?

Mitchell montre que la valorisation des entreprises comme Uber ne repose pas sur des innovations technologiques, mais sur leur capacité à détruire les alternatives pour s’imposer. En subventionnant massivement ses courses pour éliminer les taxis locaux ou affaiblir les transports publics, Uber a créé une rente future en éliminant la concurrence, tout en générant des externalités négatives (congestion, pollution) supportées par la société. Ce mécanisme, qu’il qualifie de sabotage, illustre comment le capitalisme extrait de la valeur en fragilisant les systèmes qui pourraient lui faire concurrence, plutôt qu’en améliorant l’existant.

Comment les infrastructures, comme les barrages en Égypte, révèlent-elles une logique de capitalisation incompatible avec les écosystèmes ?

Les barrages égyptiens, présentés comme des progrès modernes, ont en réalité détruit des systèmes agraires adaptés au Nil, comme les puits souterrains et les crues saisonnières, qui permettaient des récoltes diversifiées et une pêche abondante. Leur construction a favorisé des cultures monétaires (coton, canne à sucre) plus faciles à capitaliser, mais moins résilientes, tout en rendant le pays plus vulnérable aux inondations. Mitchell souligne ainsi comment la capitalisation de la vie — ici, la transformation des écosystèmes en actifs financiers — s’opère au prix d’une dégradation écologique et sociale, externalisée sur les populations futures.

Quelle est la différence entre l’approche de Mitchell et les analyses de James C. Scott sur les « projets hauts-modernistes » ?

Si Scott analyse les interventions étatiques comme des tentatives de contrôle technocratique des écosystèmes (ex. : barrages en Birmanie), Mitchell élargit la critique en montrant que ces transformations sont avant tout motivées par la capitalisation — c’est-à-dire la conversion de l’avenir et des ressources naturelles en actifs financiers. Pour Mitchell, l’État n’est qu’un acteur parmi d’autres (grands propriétaires, marchands), et la logique de profit prime sur toute idéologie modernisatrice. Son approche relie ainsi écologie et économie politique, là où Scott reste centré sur les dynamiques de pouvoir et de planification.

Ce que ça pourrait changer

Cette analyse remet en cause l’idée que le progrès technologique ou la croissance économique sont intrinsèquement bénéfiques, en montrant comment ils peuvent servir à extraire de la valeur au détriment des équilibres écologiques et sociaux. Elle invite à repenser les alternatives économiques, non pas comme des innovations techniques, mais comme des désendettements du futur — c’est-à-dire des mécanismes qui préservent les ressources pour les générations à venir plutôt que de les hypothéquer aujourd’hui. Une perspective qui pourrait nourrir les débats sur la décroissance ou les modèles post-capitalistes.

Voir aussi

Plus de contenus dans cette catégorie →

Ce contenu a été généré par intelligence artificielle à partir de l'article source. Il peut contenir des erreurs ou imprécisions.