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Un questionnaire de l’éducation nationale sur les violences sexuelles : un outil de repérage, mais peut-il vraiment entendre les enfants ?

Source unique·27 sept.

L’Éducation nationale s’apprête à déployer un questionnaire systématique sur les violences sexuelles auprès de millions d’élèves, de la maternelle à la terminale. Si l’outil vise à libérer la parole des enfants, son efficacité dépend moins de sa conception que de la capacité des institutions à entendre et crédibiliser cette parole. Entre injustice testimoniale et culture professionnelle du doute, le défi est moins celui de la collecte que de la réception des révélations.

Quel est l’objectif affiché du questionnaire sur les violences sexuelles dans les écoles ?

Le ministère de l’Éducation nationale présente ce questionnaire comme un outil de repérage systématique des violences sexuelles subies par les élèves, destiné à permettre à davantage d’enfants victimes de parler. Il sera soumis de la grande section de maternelle à la terminale, de manière anonyme ou nominative selon le choix de l’enfant.

Pourquoi la parole des enfants sur les violences sexuelles est-elle souvent discréditée par les institutions ?

Cette parole est prise dans un double rapport de domination : générationnel (adultes vs enfants) et institutionnel (professionnels vs usagers), alimenté par des stéréotypes liés au genre, à l’âge, à la classe ou au handicap. Les institutions appliquent des figures disqualifiantes comme celle de « l’enfant menteur », « de l’enfant qui se trompe » ou encore celle ramenant les violences à des conflits familiaux, ce qui réduit systématiquement leur crédibilité.

En quoi un questionnaire scolaire ne suffit-il pas à garantir une prise en charge effective des révélations ?

Un questionnaire peut amorcer une révélation en instaurant un temps spécifique, mais il ne modifie pas les catégories de jugement des professionnels qui recevront ensuite la parole. La crédibilité de l’enfant dépend aussi de lieux, moments et postures que l’institution ne peut garantir seule, ni de la remise en cause des biais institutionnels (familialisme, traitement isolé des cas).

Qu’est-ce que l’injustice testimoniale et comment s’applique-t-elle aux enfants victimes de violences sexuelles ?

L’injustice testimoniale, concept développé par Miranda Fricker, désigne le fait d’accorder moins de crédit à la parole de quelqu’un en raison de son statut social ou de son identité. Pour les enfants, cela se manifeste par des soupçons automatiques de mensonge ou d’erreur, indépendamment du contenu de leur récit, ce qui limite drastiquement leur capacité à être crus par les institutions.

Ce que ça pourrait changer

Ce questionnaire pourrait, dans le meilleur des cas, faciliter l’émergence de révélations, mais son impact réel dépendra de la capacité des institutions à dépasser leurs biais culturels et familialistes. Sans transformation des pratiques professionnelles, il risque de devenir un outil de collecte sans lendemain, reproduisant les mécanismes d’exclusion qui empêchent déjà les enfants de se sentir entendus.

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