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DROIT

Comment recherche-t-on les pesticides dans les aliments lors d'une expertise judiciaire ou amiable ? Par Frédéric Poitou, Expert Judiciaire.

Source unique·il y a 20 j

L’expertise judiciaire ou amiable des résidus de pesticides dans les aliments soulève des défis méthodologiques et réglementaires majeurs, où la rigueur scientifique se heurte aux limites des protocoles analytiques. Entre méthodes d’extraction multirésidus, techniques de détection ciblées et interprétation des résultats au regard des limites maximales de résidus (LMR), la fiabilité des conclusions dépend autant de la qualité des prélèvements que de la transparence des analyses. Cet article interroge les fondements techniques et juridiques d’une pratique souvent présentée comme infaillible, mais dont les failles potentielles révèlent des enjeux de santé publique et de responsabilité civile ou pénale.

Pourquoi une analyse de pesticides dans les aliments ne peut-elle pas se contenter d’un simple « screening » générique ?

Une méthode multirésidus comme QuEChERS permet de détecter plusieurs centaines de substances simultanément, mais elle ignore des molécules spécifiques comme le glyphosate, l’AMPA, le fosétyl-aluminium ou le paraquat, dont la structure chimique ou la polarité rendent leur extraction ou détection impossible avec les protocoles standards. Ainsi, un certificat indiquant uniquement l’absence de pesticides sans préciser la liste exacte des molécules recherchées et leurs limites de quantification est scientifiquement incomplet, voire trompeur dans un cadre judiciaire.

Quels sont les risques liés à un prélèvement non représentatif dans l’analyse des résidus de pesticides ?

Les résidus de pesticides se répartissent de manière hétérogène selon l’aliment et le type de traitement : en surface pour les produits foliaires, dans la chair pour les pesticides systémiques, ou concentrés dans quelques grains d’un lot de céréales. Un échantillonnage inadéquat fausse les résultats, car aucune analyse, aussi sophistiquée soit-elle, ne peut corriger cette distorsion. La représentativité du prélèvement est donc un préalable absolu, sous peine de rendre toute expertise invalide.

Comment les laboratoires distinguent-ils une simple détection d’un dépassement de la limite maximale de résidus (LMR) ?

Un résultat est comparé à la LMR applicable au couple pesticide/denrée, mais cette comparaison nécessite de croiser plusieurs paramètres : la définition réglementaire du résidu (substance active, métabolite, produit de dégradation), la partie de l’aliment analysée (peau, chair, grain entier), la limite de quantification de la méthode, et l’incertitude de mesure. Une LMR n’est pas un seuil toxicologique : son dépassement indique une non-conformité, mais ne prouve pas nécessairement un risque sanitaire, d’où la nécessité d’une interprétation nuancée.

Ce que ça pourrait changer

L’opacité des méthodes analytiques et l’absence de transparence sur les limites de détection peuvent fausser les expertises judiciaires ou amiables, avec des conséquences sur les décisions de retrait de produits, les condamnations ou les indemnisations. Cela souligne l’importance de standardiser les protocoles et de rendre publics les critères d’analyse, afin d’éviter que des conclusions hâtives ne servent des intérêts commerciaux ou politiques plutôt que la protection des consommateurs. Par ailleurs, l’évolution rapide des réglementations et des techniques d’analyse impose une veille constante pour garantir la pertinence des contrôles.

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