SAS : comment éviter les pièges de la liberté statutaire. Par Alexandre Robert, Avocat.
La SAS, souvent perçue comme un modèle de flexibilité statutaire, recèle des pièges insidieux qui transforment sa liberté en source de complexité ou de paralysie. Entre hiérarchies implicites, formalismes superflus et ambiguïtés rédactionnelles, les dirigeants doivent naviguer entre la lettre des textes et l’esprit collaboratif pour éviter que les statuts ne deviennent un carcan plutôt qu’un outil. L’enjeu n’est pas seulement juridique, mais stratégique : des statuts mal conçus peuvent étouffer la gouvernance d’une société avant même qu’elle ne rencontre ses premiers défis opérationnels.
Pourquoi une présidence tournante dans une SAS peut-elle s’avérer contre-productive pour des associés fondateurs souhaitant une gouvernance égalitaire ?
Une présidence tournante, bien qu’elle paraisse équitable, institutionnalise une hiérarchie autour du titre de Président et génère des contraintes administratives inutiles, comme des modifications statutaires périodiques ou des formalités modificatives coûteuses. Plutôt que de consacrer ce titre comme un enjeu central, la SAS permet de dissocier la fonction juridique du Président de la répartition réelle du pouvoir opérationnel, par exemple en créant une catégorie commune de « Dirigeants exécutifs » avec des pouvoirs et des règles identiques pour tous.
Comment les statuts d’une SAS peuvent-ils contourner l’inertie des associés minoritaires lors des assemblées générales, sans violer leur liberté de participation ?
Les statuts peuvent prévoir un mandat supplétif accordé au Président, qui ne s’active qu’en cas de silence de l’associé concerné. Ce mécanisme, inspiré du droit commun du mandat, permet de représenter les associés absents ou inactifs sans les priver de leur droit de participer ou de donner des instructions spécifiques. Il doit cependant être rédigé avec précision pour éviter tout conflit d’intérêts, notamment lorsque la décision concerne directement le Président lui-même.
Quels risques juridiques découlent d’une rédaction statutaire trop générique sur les majorités ou les quorums, notamment après l’arrêt de l’Assemblée plénière du 15 novembre 2024 ?
Une formulation ambiguë des majorités ou des quorums peut rendre une décision collective contestable, voire nulle, si elle ne respecte pas la règle imposée par la jurisprudence : une décision doit réunir au moins la majorité des voix exprimées. Par exemple, une clause prévoyant une « majorité des voix » peut être interprétée comme incluant les abstentions dans la base de calcul, ce qui, dans un contexte de forte abstention, peut paralyser la prise de décision. Les statuts doivent donc définir clairement l’assiette de calcul (voix exprimées, associés présents, etc.) pour éviter toute ambiguïté.
Pourquoi les renvois automatiques aux dispositions de la SA dans les statuts de SAS peuvent-ils s’avérer dangereux, et comment les éviter ?
La SAS emprunte certaines règles à la SA, mais l’article L227-1 du Code de commerce en exclut expressément d’autres, comme celles relatives aux assemblées spéciales des titulaires d’actions de catégorie déterminée. Un renvoi automatique à un article de la SA non applicable peut donc créer une insécurité juridique, voire une nullité des décisions concernées. Pour l’éviter, les associés doivent soit vérifier que la disposition citée est bien applicable à la SAS, soit rédiger une règle autonome et claire, en assumant explicitement le choix de s’écarter du régime légal.
Ce que ça pourrait changer
Une rédaction statutaire négligente peut transformer la flexibilité de la SAS en un piège coûteux, tant sur le plan financier (formalités inutiles) que stratégique (blocages décisionnels). À l’inverse, une approche rigoureuse et adaptée à l’évolution de l’actionnariat ou de la gouvernance permet de sécuriser les processus tout en préservant l’agilité de l’entreprise. Les dirigeants doivent donc anticiper les scénarios futurs dès la rédaction, sous peine de devoir réviser des statuts devenus inadaptés.

