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Culture

Préhistoire de la mode : le premier défilé

France Culture - Savoirs · mis à jour 25 sept.

Et si la mode n'avait pas 100 ans, mais 500 000 ans ? De l’ocre aux vêtements de peau en passant par les bijoux en coquillages, l’archéologie nous en apprend plus sur cette transformation du corps en espace de communication et d’expression directe de la pensée symbolique humaine..

Mode préhistorique ancienne

La mode ne date pas d’hier : elle aurait au moins 500 000 ans. Selon l’archéologue Francesco d’Errico, directeur de recherche au CNRS, la culturalisation du corps – c’est-à-dire la transformation du corps humain en un support de communication sociale – marque les origines de la mode bien avant les podiums modernes. Cette idée bouleverse l’idée reçue selon laquelle la mode serait une invention récente. Les preuves archéologiques montrent que nos ancêtres utilisaient des pigments, des bijoux et des vêtements pour exprimer des symboles, bien avant l’apparition de l’Homo sapiens. Cette pratique s’inscrit dans un phénomène plus large : l’émergence de la pensée symbolique chez les premiers humains.

Ocre pigment symbolique

L’ocre, un pigment minéral rouge ou jaune, est l’un des premiers outils de culturalisation du corps. Dès 400 000 ans, nos ancêtres l’utilisaient peut-être comme répulsif contre les insectes ou pour traiter les peaux. Vers 160 000 ans, il devient un moyen de signalisation visuelle, permettant de marquer le corps de manière intentionnelle. Une découverte majeure en 2025 a révélé des crayons d’ocre façonnés et réaffûtés par des Néandertaliens en Crimée, prouvant qu’ils produisaient des marques délibérées sur des supports souples, possiblement leur propre peau. Cette trouvaille remet en cause l’idée que la culturalisation du corps serait exclusive à l’Homo sapiens, suggérant que les Néandertaliens partageaient cette capacité symbolique.

Bijoux coquillages anciens

Les parures en coquillages perforés représentent une étape clé dans l’histoire de la mode préhistorique. À Blombos, en Afrique du Sud, des perles vieilles de 75 000 ans ont été découvertes, façonnées à partir de petits coquillages marins. Encore plus anciennes, des perles datées d’au moins 142 000 ans ont été exhumées à Bizmoune, au Maroc, ce qui en fait les plus anciennes parures connues à ce jour. Ces objets ne servaient pas seulement à décorer : ils permettaient de transmettre une identité, une affiliation sociale ou une différence, bien au-delà du cercle immédiat des connaissances. Le corps devient ainsi une interface mobile de communication.

Sépultures parées funéraires

Les sépultures offrent un éclairage précieux sur la manière dont nos ancêtres exprimaient leur individualité à travers la parure. Par exemple, la tombe de Sungir en Russie contenait un corps recouvert de milliers de perles en ivoire de mammouth, suggérant un statut social élevé ou un rituel funéraire complexe. Une autre découverte, celle d’un enfant enterré il y a 78 000 ans au Kenya sur le site de Panga ya Saidi, représente la plus ancienne sépulture connue en Afrique. Ces pratiques posent une question fondamentale : la parure funéraire relève-t-elle d’un statut social, d’un rituel de deuil, ou d’une forme primitive de mode négociée entre les vivants ? Ces éléments révèlent une dimension symbolique et sociale bien plus profonde que la simple protection contre le froid.

Ce que ça pourrait changer

La transition du corps fonctionnel au corps symbolique illustre comment un même geste peut évoluer au fil du temps. Porter une peau de bête ou appliquer un pigment répond d’abord à un besoin pratique, comme se protéger du froid ou éloigner les insectes. Avec le temps, ces actions acquièrent une fonction sociale : se distinguer, affirmer son appartenance à un groupe ou exprimer une identité. Ce processus, appelé *culturalisation du corps*, montre que la mode n’est pas une invention récente, mais une technologie ancienne de l’humanité. Elle reflète l’émergence de la pensée symbolique, où le corps devient un langage visuel partagé.

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