Molière, premier acte d’un jeune inconnu
En 1643, Jean-Baptiste Poquelin a 20 ans. Jeune bourgeois, il travaille dans la boutique de son père à Paris.
En janvier 1643, Jean-Baptiste Poquelin, un jeune homme de 20 ans, vit à Paris dans un quartier bourgeois de la rue Saint-Honoré. Son père, Jean Poquelin, est un riche tapissier du roi Louis XIII, une profession prestigieuse qui lui permet d’accéder au palais du Louvre. Le jeune homme a reçu une éducation solide au collège de Clermont, actuel lycée Louis-le-Grand, où il a étudié le catéchisme et découvert le théâtre. Malgré les attentes de son père, qui souhaite qu’il reprenne sa charge de tapissier valet de chambre du roi, Jean-Baptiste choisit une voie radicalement différente : devenir comédien. Ce métier, mal vu par l’Église catholique qui le considère comme immoral, est pourtant une passion pour lui. Il décide alors de tout quitter pour se lancer dans une carrière artistique incertaine.
Le 6 janvier 1643, Jean-Baptiste Poquelin prend une décision difficile : il renonce à la survivance de la charge de tapissier du roi, un privilège héréditaire qui lui aurait assuré une vie stable et prestigieuse. Cette survivance, qui lui aurait permis de succéder à son père, est cédée à son frère cadet. Ce choix marque une rupture nette avec sa famille et son milieu social. À 20 ans, il se tourne vers une vie d’incertitudes, préférant l’aventure théâtrale à une carrière toute tracée. Cette décision reflète son refus des conventions et son désir de liberté artistique, même au prix de la précarité.
En juin 1643, Jean-Baptiste Poquelin s’associe à dix autres comédiens pour fonder une troupe théâtrale : l’Illustre Théâtre. Parmi eux figurent Madeleine, Joseph et Geneviève Béjart, ainsi que des artisans comme un clerc de procureur ou un libraire. Leur objectif est ambitieux : concurrencer les troupes royales établies, comme celle de l’Hôtel de Bourgogne ou celle du Marais. Cependant, ils doivent d’abord résoudre un problème logistique : trouver une salle de spectacle. Leur choix se porte sur un jeu de paume, une salle de sport médiévale située près du Pont-Neuf à Paris. En quelques mois, ils transforment ce lieu en un véritable théâtre, avec une scène, des loges, des gradins et des lustres éclairés par des chandelles.
Le 28 juin 1644, Jean-Baptiste Poquelin adopte pour la première fois le pseudonyme de Molière. Ce nom, inspiré des meulières (carrières de pierre du Nord de la France), lui permet de s’inventer une origine nobiliaire, une pratique courante parmi les comédiens de l’époque. La troupe de l’Illustre Théâtre commence à jouer des tragédies écrites par des auteurs contemporains comme Tristan L’Hermite et André Mareschal. Le public parisien réagit positivement, mais la troupe doit faire face à des difficultés financières. Malgré cela, Molière et ses compagnons posent les bases de leur future renommée. Ce premier acte marque le début d’une carrière qui révolutionnera le théâtre français.
À 20 ans, Molière incarne déjà un esprit rebelle. Alors que la plupart des jeunes hommes de son milieu deviennent avocats ou reprennent l’entreprise familiale, il choisit les planches, un métier marginalisé et critiqué par l’Église. Son parcours illustre une volonté de subvertir les normes sociales de son époque. Avant même d’écrire ses célèbres pièces comme *Le Malade imaginaire* ou *L’Avare*, il défie les conventions en embrassant une carrière artistique. Ce choix audacieux, bien que risqué, pose les fondations de son futur génie théâtral. Molière devient ainsi un symbole de la liberté créatrice et du refus des destins tout tracés.

