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Environnement

Au pire moment, la France saborde l'Institut de recherche sur le développement

Reporterre · mis à jour il y a 16 j

La future fusion de l'Institut de recherche pour le développement avec le CNRS fait craindre à ses agents une dissolution de leur savoir-faire et un coup dur pour l'adaptation au changement climatique. « C'est le flou total », dénoncent-ils.

Création de l'IRD

L'Institut de recherche pour le développement (IRD) est un organisme public français créé en 1943 sous le nom d'Office de la recherche scientifique coloniale. Il a pour mission principale de mener des recherches scientifiques dans les pays en développement, notamment sur les enjeux liés à l'environnement, à la santé, à l'agriculture et au changement climatique. En 1984, il prend le nom d'IRD et s'engage davantage dans la lutte contre les inégalités Nord-Sud. Aujourd'hui, il emploie environ 2 200 personnes, dont 800 chercheurs, et travaille dans plus de 50 pays à travers le monde. Son budget annuel s'élève à environ 220 millions d'euros, principalement financé par l'État français.

Mission clé de l'IRD

L'IRD joue un rôle central dans l'étude des impacts du changement climatique, notamment sur les pays du Sud, qui sont souvent les plus vulnérables. Ses recherches portent sur l'adaptation des écosystèmes, des sociétés et des économies aux dérèglements climatiques. Par exemple, l'institut travaille sur des projets comme l'analyse des effets de la montée des eaux sur les côtes africaines ou l'impact des sécheresses sur les récoltes en Asie du Sud-Est. Son expertise est reconnue internationalement, et il collabore avec des organisations comme le GIEC (Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat) pour produire des rapports scientifiques.

Réforme controversée

En 2023, le gouvernement français annonce une réforme majeure de l'IRD, visant à le transformer en un établissement public à caractère industriel et commercial (EPIC). Cette réforme, qui doit entrer en vigueur en 2024, est critiquée par les chercheurs et les syndicats pour plusieurs raisons. D'abord, elle implique une réduction des financements publics de 10 %, passant de 220 millions à 200 millions d'euros par an. Ensuite, elle renforce le contrôle de l'État sur les orientations scientifiques de l'institut, ce qui suscite des craintes d'une perte d'autonomie pour les chercheurs.

Conséquences financières

La réforme de l'IRD s'accompagne d'une baisse significative de son budget. Les 20 millions d'euros de réduction annuels représentent environ 9 % de son financement total. Cette diminution intervient alors que l'institut fait face à des besoins croissants en raison des crises climatiques et sanitaires mondiales. Par exemple, des projets comme l'étude des épidémies émergentes ou la préservation de la biodiversité en Amazonie pourraient être ralentis ou abandonnés. Les chercheurs craignent également que cette baisse de moyens ne limite leur capacité à répondre rapidement aux urgences environnementales.

Réactions des chercheurs

La réforme de l'IRD a provoqué une vive réaction parmi les chercheurs et les personnels de l'institut. Une pétition signée par plus de 1 500 personnes, dont de nombreux scientifiques de renom, a été lancée pour protester contre cette décision. Les signataires dénoncent une instrumentalisation politique de la recherche et une remise en cause de l'indépendance des chercheurs. Ils soulignent que l'IRD est un acteur clé dans la lutte contre le changement climatique, notamment pour les pays du Sud, et que cette réforme pourrait affaiblir sa crédibilité internationale. Des manifestations et des grèves ont également été organisées.

Ce que ça pourrait changer

Cette réforme s'inscrit dans un contexte politique plus large en France, marqué par des tensions autour de la recherche publique. Le gouvernement justifie cette transformation par la nécessité de moderniser l'IRD et de le rendre plus compétitif face à des enjeux globaux comme le changement climatique. Cependant, les critiques pointent du doigt une logique de rentabilité qui pourrait s'opposer à la liberté académique. Par ailleurs, cette réforme intervient alors que la France prépare sa présidence du *GIEC* en 2025, un rôle qui pourrait être affaibli si l'IRD perd en influence et en moyens.

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