NapseflowNapseflow
Recherche

Comprendre l’effet des canicules sur la biodiversité du littoral avec les sciences participatives

The Conversation France · mis à jour il y a 14 j

Bénévoles au travail pour échantillonner une plage dans le cadre du projet BioLit. Célia Mébarki , Fourni par l'auteur Notre espèce n’est pas la seule à souffrir des vagues de chaleur : c’est le cas de toute la biodiversité, et en particulier de la biodiversité marine.

Canicules et biodiversité

Les canicules, événements climatiques extrêmes définis par leur rareté statistique, sont désormais plus fréquentes et intenses en raison du changement climatique. En 2026, la France a connu trois canicules entre fin mai et mi-juillet, avec des records de chaleur en Europe de l’Ouest et dans les océans à l’échelle mondiale. Ces vagues de chaleur affectent non seulement les humains, mais aussi la biodiversité marine et côtière. Les organismes marins subissent un stress physiologique pouvant être mortel, entraînant des conséquences en cascade sur les écosystèmes. Par exemple, les poissons marins parcourent parfois des centaines de kilomètres pour trouver des eaux plus fraîches, tandis que les animaux moins mobiles augmentent leur alimentation pour compenser les pertes d’énergie, ce qui les rend plus vulnérables aux prédateurs ou à la pêche. Les canicules marines, comme celle de 2013 à 2016 dans le Pacifique, ont causé des mortalités massives chez les mammifères, oiseaux et étoiles de mer, illustrant l’impact dévastateur de ces événements.

Résistance et résilience

La résistance et la résilience des écosystèmes face aux canicules dépendent de leur diversité. Les écosystèmes diversifiés, comme les forêts, résistent mieux aux événements extrêmes, car la variété des espèces permet une meilleure adaptation. À l’inverse, les écosystèmes déjà perturbés, comme ceux touchés par la pollution ou la surpêche, sont moins résistants et mettent plus de temps à se rétablir. Par exemple, une forêt avec de nombreuses espèces différentes aura plus de chances de survivre à une canicule qu’une forêt appauvrie. Les projections du GIEC indiquent que la multiplication et l’intensification des canicules dans les prochaines décennies aggraveront cette vulnérabilité. Les organismes n’ont pas toujours le temps de récupérer entre deux vagues de chaleur, ce qui multiplie le risque d’extinction.

Limites de la recherche

Malgré les avancées scientifiques, les connaissances sur l’impact des canicules sur la biodiversité restent parcellaires. Les études se concentrent souvent sur les espèces les plus connues ou charismatiques, comme les coraux ou les mammifères marins, laissant de côté une grande partie de la biodiversité, notamment marine. Les mécanismes et conséquences des canicules sont encore mal compris, en partie à cause du manque d’observatoires dédiés et de protocoles adaptés pour détecter les changements globaux. Les événements climatiques extrêmes sont si complexes et diffus que les méthodes de recherche traditionnelles, basées sur des hypothèses préétablies, peinent à les saisir dans leur globalité. Par exemple, les vagues de chaleur marines sont deux fois plus fréquentes qu’avant, mais leurs effets sur la plupart des espèces restent méconnus.

Sciences participatives

Les sciences participatives combinent les savoirs académiques et les savoirs citoyens pour documenter des changements globaux que la recherche seule ne pourrait pas détecter. Elles répondent à un double enjeu : aider la science à comprendre des phénomènes complexes et permettre aux citoyens de s’impliquer dans la production de connaissances. Le projet ESPOIRS, intégré au programme BioLit, illustre cette approche. BioLit, porté par l’association Planète Mer et le Muséum national d’histoire naturelle (MNHN), vise à suivre l’évolution de la biodiversité des estrans, ces zones côtières soumises aux marées. Les participants, bénévoles et scientifiques, collaborent pour collecter des données standardisées et partager leurs observations personnelles, comme des changements dans la répartition des algues ou la présence d’espèces inhabituelles.

Hybridation des savoirs

L’hybridation des savoirs académiques et citoyens permet de pallier les limites des suivis scientifiques classiques, souvent contraints par des moyens financiers, administratifs ou logistiques. Les bénévoles, grâce à leur connaissance locale et leur fréquentation régulière des sites, peuvent repérer des signaux faibles ou des changements inattendus que les protocoles standardisés ne captent pas. Par exemple, un participant a remarqué que la « mare aux cochons », un lieu emblématique de son enfance, avait changé de couleur, un phénomène qui n’avait pas été anticipé par les scientifiques. Ces observations, ajoutées aux données standardisées, permettent aux chercheurs d’ajuster leurs hypothèses et d’explorer de nouvelles pistes. Les sciences participatives offrent ainsi une réactivité accrue pour étudier les conséquences immédiates des canicules, tout en légitimant l’engagement des citoyens dans la lutte contre le changement climatique.

Ce que ça pourrait changer

Le projet ESPOIRS, né d’une collaboration entre scientifiques et participants du programme BioLit, a pour objectif de mieux détecter les effets des canicules sur la biodiversité des littoraux. Initialement centré sur le suivi des algues brunes et des bigorneaux, le protocole a été enrichi pour inclure des cases ouvertes permettant aux bénévoles de partager leurs observations libres. Éric Feunteun, professeur au MNHN et responsable scientifique de BioLit, souligne que l’idée est venue de sa grand-mère, qui lui avait déjà fait part de changements observés sur les estrans. Ces échanges ont conduit à l’ajout de questions ouvertes dans les questionnaires, comme « Avez-vous remarqué des changements inhabituels sur l’estran ? ». Cette approche permet de recueillir des informations précises, comparables aux données scientifiques, tout en capturant des signaux d’alerte qui pourraient échapper aux protocoles traditionnels.

Sujets complémentaires