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D’ici à 2040, l’Europe a besoin de dix millions de logements « net zéro » neufs ou rénovés. Comment y parvenir ?

The Conversation France · mis à jour il y a 6 j

L’ESSENTIEL Le secteur de l’architecture, de l’ingénierie et de la construction est en pleine révolution avec l’avènement de la politique « zéro émission nette ». Une étude propose quatre scénarios pour le secteur européen de la construction à l’horizon 2040, en combinant besoins en logement, objectifs « net zéero » et accessibilité financière.

Crise double en Europe

L’Europe fait face à deux problèmes majeurs et liés : une crise de l’accessibilité au logement et une crise climatique, tous deux exacerbés par le secteur de la construction. Entre 2010 et 2025, les prix de l’immobilier ont augmenté de 60 %, les loyers de 30 %, tandis que le nombre de permis de construire a chuté de 20 %. Parallèlement, les coûts de construction ont grimpé de 56 % dans l’Union européenne (UE). Pourtant, la demande en logements augmente : la Commission européenne estime qu’il faudrait construire plus de 2 millions de logements neufs par an d’ici 2035 pour y répondre, alors que seulement la moitié est actuellement construite. Les bâtiments sont aussi responsables de 40 % de la consommation énergétique européenne et de 36 % des émissions de CO₂, ce qui en fait un secteur clé pour la transition écologique.

Logements énergivores

En France, comme dans d’autres pays européens, une grande partie du parc immobilier est énergivore, c’est-à-dire qu’il consomme beaucoup d’énergie pour le chauffage ou la climatisation. En avril 2026, le gouvernement français a annoncé un plan pour relancer la construction et la rénovation, notamment en permettant à nouveau la location de logements classés F et G (les plus énergivores) à condition que leurs propriétaires les rénovent dans un délai de 3 à 5 ans. Actuellement, les logements classés G sont interdits à la location neuve depuis 2025, et ceux classés F le seront à partir de 2028. Ce plan illustre le dilemme entre répondre à la pénurie de logements et respecter les objectifs climatiques, car ces rénovations nécessitent des investissements importants et rapides.

Scénarios pour 2040

Pour répondre à ces défis, une étude propose quatre scénarios possibles pour le secteur de la construction en Europe d’ici 2040. Le premier scénario mise sur une construction industrialisée et des géants technologiques qui domineraient le marché, avec des logements proposés en abonnement. Le deuxième scénario privilégie une économie circulaire, où les matériaux sont réutilisés et les bâtiments deviennent des « banques de matériaux ». Le troisième scénario voit les gouvernements prendre le contrôle pour imposer des normes strictes et des objectifs contraignants. Enfin, le quatrième scénario repose sur une révolution des énergies vertes, où les bâtiments s’intégreraient à des réseaux électriques intelligents pour réduire leur empreinte carbone. Aucun de ces scénarios n’est une prédiction, mais ils montrent les différentes voies possibles pour concilier logement, accessibilité et durabilité.

Trois priorités clés

Quels que soient les scénarios, trois priorités émergent pour transformer le secteur de la construction en Europe. La première est la rénovation en profondeur du parc immobilier existant, car construire de nouveaux logements ne suffira pas à atteindre les objectifs climatiques. La deuxième priorité est le développement d’une infrastructure numérique pour surveiller en temps réel les performances énergétiques et l’état des matériaux des bâtiments. Enfin, il faut former de nouvelles compétences et organiser la construction de manière industrialisée, en optimisant le cycle de vie des bâtiments. Ces mesures doivent être mises en place dès maintenant pour avoir un impact d’ici 2040. L’UE a lancé en 2025 un premier plan pour le logement abordable et prévoit un sommet européen sur le sujet en 2026, offrant une opportunité pour agir.

Exemples nationaux

Plusieurs pays européens illustrent les défis et les solutions possibles. En Espagne, une approche industrielle est privilégiée, avec l’utilisation de fonds européens pour construire 15 000 logements sociaux par an plus rapidement et à moindre coût, dans un contexte de forte demande touristique. Le déficit total de logements en Espagne est estimé à 750 000 unités. En Allemagne, la construction de logements a atteint son plus bas niveau depuis 13 ans en 2025, avec seulement 206 000 unités mises sur le marché, loin des 320 000 nécessaires annuellement jusqu’en 2030. Ces exemples montrent que les solutions doivent être adaptées aux contextes locaux, tout en respectant les objectifs climatiques et sociaux.

Ce que ça pourrait changer

La transformation du secteur de la construction implique une refonte des rôles des différents acteurs. Les **entreprises de construction industrialisée** (qui fabriquent des logements comme des produits standardisés) pourraient dominer, tout comme les géants technologiques qui fixeraient les normes. Les gouvernements, quant à eux, pourraient jouer un rôle central en imposant des réglementations strictes ou en investissant directement dans la construction. Les institutions financières et les régulateurs doivent aussi s’impliquer pour financer la transition vers des logements durables. Enfin, les citoyens et les locataires pourraient voir leur rapport au logement évoluer, notamment avec des modèles d’abonnement ou des bâtiments intégrés à des réseaux intelligents. L’enjeu est de trouver un équilibre entre innovation, accessibilité et durabilité.

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