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L’histoire de l’enfance : une clé pour comprendre comment change la société française, entre infantisme et nouveaux droits

The Conversation France · mis à jour il y a 16 j

Longtemps, dans les manuels d’histoire, ils sont restés dans l’ombre des adultes. Pourtant les enfants sont des acteurs à part entière de leur époque et les derniers travaux de recherche soulignent combien leur place, la reconnaissance de leurs droits mais aussi les maltraitances dont ils sont victimes racontent notre société.

Enfants acteurs de l'histoire

Longtemps ignorés des récits historiques, les enfants sont aujourd’hui reconnus comme des acteurs majeurs de leur époque. Les travaux récents, comme ceux de l’historienne Manon Pignot dans son ouvrage Les Enfants. Une autre histoire de la France (XIXᵉ-XXIᵉ siècle) publié en 2026, montrent que leur place, leurs droits et les violences qu’ils subissent reflètent les évolutions de la société française. Ces recherches soulignent que les enfants ne sont pas de simples témoins passifs, mais des individus dont les expériences révèlent les transformations sociales, éducatives et législatives. Par exemple, leur condition a évolué du travail en mine à la protection juridique, illustrant un changement profond dans la perception de l’enfance.

Progrès et violences persistantes

La France a connu des avancées majeures au XXᵉ siècle pour améliorer la vie des enfants, comme l’interdiction des châtiments corporels à l’école ou la fin du travail des mineurs dans les mines. Pourtant, des scandales récents, comme l’affaire Bétharram en 2025, révèlent que les violences physiques, psychologiques et sexuelles contre les enfants persistent. Ce scandale, impliquant un établissement catholique béarnais, a mis en lumière un système de violence systémique et de silence, comparable à des pratiques du XIXᵉ siècle. Ces révélations ont déclenché une prise de conscience collective sur la nécessité de protéger les enfants, comme en témoignent les rapports de la Commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Église (Ciase) et de la Commission indépendante sur l’inceste et les violences sexuelles faites aux enfants (Ciivise), qui estime que 170 000 enfants sont victimes de violences sexuelles chaque année en France.

Évolution des droits légaux

Au XIXᵉ siècle, un enfant était considéré comme un individu inachevé, dont la survie n’était pas garantie avant 5 ans, et dont l’entrée dans l’âge adulte dépendait de son milieu social. Aujourd’hui, un enfant est défini comme un mineur de moins de 18 ans, protégé par un arsenal législatif lui garantissant le droit à l’éducation, aux soins et aux loisirs. Cette transformation s’explique par des bouleversements économiques, sociaux et politiques, comme la Révolution française ou l’industrialisation, qui ont redéfini la place de l’enfant dans la société. Par exemple, l’allongement de la durée de l’enfance a permis de distinguer l’enfance de l’adolescence, marquant une nouvelle étape dans la reconnaissance de leurs droits spécifiques.

Valeur affective et économique

Au XIXᵉ siècle, les enfants avaient une valeur économique, notamment dans les milieux ruraux ou ouvriers où leur travail était utile à la survie familiale. Avec l’industrialisation et la baisse de la natalité, leur valeur économique a diminué, tandis que leur valeur affective a augmenté. La sociologue Viviana A. Zelizer a théorisé ce changement en montrant que les enfants sont devenus « économiquement inutiles mais émotionnellement inestimables ». Cette évolution a conduit à une protection accrue des mineurs, mais pose aujourd’hui la question de savoir si cette vision de l’enfant « sacré » reste pertinente au XXIᵉ siècle, alors que les débats sur l’infantisme soulignent de nouvelles formes de discrimination envers les enfants.

Infantisme : un concept récent

Le terme infantisme a été introduit par la pédopsychiatre et sociologue Laelia Benoit pour désigner les préjugés, stéréotypes et discriminations subis par les enfants en raison de leur âge. Selon cette définition, les enfants sont perçus comme appartenant aux adultes, pouvant être contrôlés, asservis ou utilisés pour servir leurs besoins. Ce concept éclaire les tensions persistantes autour de la place des enfants dans la société, malgré les progrès législatifs. Par exemple, les violences systémiques révélées par des affaires comme Bétharram montrent que l’enfance reste une catégorie politique, objet d’enjeux de pouvoir et de domination, même après des siècles de transformations sociales.

Ce que ça pourrait changer

L’histoire de l’enfance en France est étroitement liée aux transformations de la société. Au Moyen Âge, les enfants étaient choyés malgré des conditions de vie difficiles, comme le montrent les travaux sur l’éducation à cette époque. À l’époque moderne, l’intérêt pour l’enfance s’est développé dans les classes aristocratiques, symbolisé par des manuels d’éducation. La Révolution française et l’industrialisation ont ensuite renforcé le rôle de la cellule familiale et transformé l’enfance en enjeu commercial, d’abord pour la bourgeoisie, puis pour l’ensemble de la société. Ces évolutions ont façonné la perception actuelle des enfants, entre protection et vulnérabilité, et soulignent leur place centrale dans les débats sociaux contemporains.

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