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Géopolitique

Globalisme

Le Grand Continent · mis à jour il y a 22 j

De l’Amérique isolationniste à Donald Trump, itinéraire du mot-valise devenu la clef de voûte des récits antimondialistes des extrêmes droites. L’article Globalisme est apparu en premier sur Le Grand Continent..

Origines du terme

Le mot globalisme a une histoire complexe. Jusqu’aux années 1940, il était utilisé comme une insulte aux États-Unis, notamment par des conservateurs et isolationnistes du Parti républicain pour critiquer les politiques internationales. Par exemple, en 1943, la représentante Clare Boothe Luce qualifiait le globalisme de globaloney (un néologisme moqueur signifiant « globalisme à la noix »), en référence aux idées du vice-président Henry Wallace. À cette époque, le terme reflétait une vision nativiste, opposée à l’immigration européenne et à l’engagement dans la Seconde Guerre mondiale. Le Ku Klux Klan, fort de 2,5 à 5 millions d’adhérents au milieu des années 1920, incarnait alors le suprémacisme blanc, tandis que l’isolationnisme dominait les élites politiques américaines jusqu’à l’attaque de Pearl Harbor en 1941.

Évolution sémantique

Dans les années 1990, le terme globalisme a pris un nouveau sens en sociologie. Des chercheurs comme Ulrich Beck et Manfred B. Steger l’ont défini comme une idéologie opposée à la mondialisation. Pour Beck, le globalisme désigne l’idée que le marché mondial remplace l’action politique, une vision associée au néolibéralisme. Steger, lui, oppose le globalisme (une idéologie politique qui donne un sens à la mondialisation) à la mondialisation (un ensemble de processus sociaux interconnectant le monde). Par exemple, le Forum social mondial de Porto Alegre en 2001, qui prônait un altermondialisme (« Un autre monde est possible »), utilisait rarement le terme globalisme, préférant mondialisation ou capitalisme global.

Instrumentalisation politique

À partir des années 2010, l’extrême droite, notamment aux États-Unis, a récupéré le terme globalisme pour en faire un outil politique. Des figures comme Steve Bannon, ancien stratège de Donald Trump, ont popularisé cette rhétorique. Bannon opposait un capitalisme productif à un capitalisme spéculatif attribué aux élites globalistes, qu’il associait à des minorités jugées parasitaires. Alex Jones, fondateur du site InfoWars, allait plus loin en 2014, décrivant le globalisme comme « un système de contrôle panoptique numérique mondial » et « la forme totale de l’esclavage ». Cette rhétorique, amplifiée par les réseaux sociaux, a gagné en visibilité, notamment après la crise financière de 2008, qui a ébranlé la confiance dans la mondialisation.

Globalisme et extrême droite

Le globalisme est devenu un pilier du discours de l’extrême droite internationale. Aux États-Unis, Donald Trump a opposé en 2016 l’américanisme au globalisme corrompu, puis a rejeté l’idéologie du globalisme à l’ONU en 2018, prônant le patriotisme et le slogan America First. En Europe, Viktor Orbán (Hongrie) et Giorgia Meloni (Italie) ont repris ce vocabulaire. Orbán, par exemple, a déclaré en 2018 : « Rejetons l’idéologie du globalisme et soutenons la culture du patriotisme », tout en accusant des puissances mondiales occultes (comme l’UE ou George Soros) de menacer la nation hongroise. En France, Marine Le Pen a associé le mondialisme à deux menaces : un mondialisme économique (destruction des nations) et un fondamentalisme islamiste (immigration incontrôlée).

Globalisme et complotisme

Le terme globalisme est souvent lié à des théories du complot, notamment antisémites. Orbán et d’autres dirigeants d’extrême droite accusent des puissances occultes sans visage de vouloir éliminer les identités nationales. Ces accusations visent souvent des figures juives comme George Soros, dont le nom est utilisé comme un dog whistle (un signal codé) pour évoquer des stéréotypes antisémites de conspiration juive mondiale. En Amérique latine, le président argentin Javier Milei a également critiqué le multilatéralisme et l’ordre international libéral, s’inscrivant dans cette rhétorique. Le globalisme y est présenté comme une idéologie destructrice, opposée aux valeurs traditionnelles et à la souveraineté nationale.

Ce que ça pourrait changer

Le *globalisme* est devenu un terme fourre-tout pour désigner des idéologies variées, souvent associées au progressisme. En Espagne, le parti Vox, dans son *Agenda España* (2021), présente le *globalisme* comme une menace pour les classes moyennes, la souveraineté nationale et les valeurs traditionnelles (famille, christianisme). Le ministre brésilien Ernesto Araújo a quant à lui défini le *globalisme* en 2019 comme « une configuration actuelle du marxisme » qui s’oppose à la nation, à la nature humaine et à la famille. Ainsi, le terme est utilisé pour rejeter non seulement le néolibéralisme, mais aussi l’écologisme, le féminisme ou le multiculturalisme, perçus comme des menaces à l’ordre traditionnel.

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