Le simple nom d’un aliment influence la perception que l’on a de son poids
Nous avons tendance à associer certains sons, comme « i » ou « t », à de petites tailles, et d’autres, comme « o » ou « b », à de grandes tailles. Une nouvelle étude montre que ces associations influencent aussi notre perception des en-cas.
La sonorité d’un nom d’aliment influence directement la perception de son poids et de son pouvoir rassasiant. Par exemple, des noms comme Gobo ou Norgo évoquent spontanément quelque chose de « grand » et consistant, tandis que des noms comme Kipi ou Iskee suggèrent quelque chose de « petit » et léger. Cette association entre sons et tailles n’est pas anodine : elle repose sur des mécanismes psychologiques découverts il y a près d’un siècle, comme l’effet mil/mal (1929). Cet effet montre que certains sons, comme les voyelles i ou t, sont spontanément associés à des objets de petite taille, tandis que d’autres, comme o ou b, évoquent des objets plus grands. Plusieurs hypothèses expliquent ce phénomène, notamment la position de la bouche lors de la prononciation ou les sons naturels produits par des objets de tailles différentes, comme le pépiement d’un poussin ou le grognement d’un ours.
Pour tester cette hypothèse, les chercheurs ont mené une étude auprès de plus de 600 participants. Ceux-ci devaient évaluer des noms fictifs d’en-cas, comme Tikee pour des chips ou Boge pour un mélange de fruits secs et de noix. Ces noms étaient conçus pour contenir des sons associés soit à la petitesse (i, t), soit à la grandeur (o, b). Les participants devaient estimer si l’aliment serait lourd et rassasiant. Les résultats ont confirmé que les noms évoquant la grandeur (Boge, Norgo) étaient perçus comme plus lourds et rassasiants que ceux évoquant la petitesse (Tikee, Iskee). Cette perception ne dépendait ni du type d’aliment (sain ou non), ni de la longueur du nom, ni de sa facilité de prononciation. Les chercheurs ont également vérifié que ces associations ne changeaient pas selon que les participants aimaient ou non le nom.
L’étude a ensuite exploré si ces perceptions influençaient réellement les intentions d’achat. Dans un premier temps, les résultats semblaient indiquer que le nom n’avait pas d’effet direct sur l’envie d’acheter. Cependant, une analyse plus fine a révélé que tout dépendait du profil du consommateur. Par exemple, si les participants imaginaient un ami cherchant des aliments consistants, ils étaient plus enclins à acheter des produits aux noms évoquant la grandeur (Blorogo), tandis que s’ils imaginaient un ami préférant des aliments légers, ils privilégiaient les noms évoquant la petitesse (Teek). Ainsi, la sonorité du nom peut influencer l’achat, mais seulement si elle correspond aux attentes du consommateur au moment de l’achat.
Bien que le nom d’un aliment joue un rôle dans la perception de son poids et de sa satiété, il n’est pas le seul élément à prendre en compte. D’autres facteurs, comme la couleur de l’emballage, sa forme ou son aspect brillant ou mat, peuvent également influencer ces perceptions. Par exemple, des études antérieures ont montré que les emballages ternes sont souvent perçus comme plus sains, tandis que les emballages brillants sont associés à une teneur plus élevée en matières grasses. À l’avenir, des recherches supplémentaires pourraient explorer si ces différents éléments combinés (nom, emballage, etc.) ont un effet plus fort que le nom seul sur la perception de la satiété après consommation.
Ces résultats pourraient avoir des implications concrètes pour les marques et les consommateurs. Par exemple, une entreprise lançant une nouvelle barre de céréales pourrait choisir un nom comme *Gobo* si elle souhaite que le produit soit perçu comme rassasiant et consistant, ou un nom comme *Kipi* si elle vise une image plus légère. Pour les consommateurs, cela signifie que la sonorité d’un nom peut, sans qu’ils en aient conscience, orienter leurs choix vers des aliments plus ou moins rassasiants selon leurs besoins du moment. Ainsi, le choix entre un *Rolo* et un *Twix*, ou entre des *Triscuits* et des *Doritos*, pourrait bien être influencé par la simple sonorité de leur nom.

