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Quand les médias sous-informent et désinforment à propos de la crise environnementale

The Conversation France · mis à jour il y a 9 j

L’ESSENTIEL En 2026, 4 % des articles de presse écrite et des sujets audiovisuels concernaient l’environnement. Une proportion montée à 10 % au cours de l’été.

Faible couverture médiatique

En 2026, les médias français consacrent très peu d'attention à la crise environnementale. Selon l'Observatoire des médias sur l'écologie (OME), seulement 4 % des articles de presse écrite et 4 % des sujets audiovisuels traitent de l'environnement en avril 2026. Ce chiffre atteint 10 % pendant l'été, notamment lors des vagues de chaleur ou des incendies. Pourtant, 59 % des Français estiment être mal informés sur le changement climatique, d'après un sondage de 2024 pour le ministère de la Transition écologique. L'OME, créé par des ONG et financé en partie par l'Agence de la transition écologique (Ademe), mesure régulièrement cette sous-représentation. Les médias audiovisuels publics, comme Arte ou France Info TV, couvrent davantage le sujet que les chaînes privées, mais la proportion globale reste faible comparée à l'urgence de la crise.

Logiques médiatiques défavorables

Le traitement médiatique de la crise environnementale se heurte aux logiques actuelles du journalisme, comme l'infotainment (mélange d'information et de divertissement) ou l'information en continu. Ces formats privilégient les événements spectaculaires et immédiats, ce qui ne correspond pas aux enjeux climatiques, souvent caractérisés par des processus longs et complexes. Par exemple, le réchauffement climatique n'est visible dans les médias que lorsqu'il provoque une catastrophe, comme une canicule ou un incendie. Ce cadrage épisodique réduit la crise à des cas concrets (un pyromane, des touristes évacués) plutôt qu'à un phénomène systémique. Selon des recherches citées dans l'article, ce type de traitement favorise une lecture individualisante des problèmes et réduit le soutien du public aux politiques publiques de lutte contre le réchauffement.

Désinformation climatique croissante

La désinformation sur le climat est en augmentation, notamment sur certaines chaînes privées. Entre le 23 et le 30 mai 2026, 62 cas de mésinformation climatique (informations fausses ou trompeuses) ont été recensés sur les médias audiovisuels français, soit un cas toutes les 20 minutes sur Sud Radio, CNews et Europe 1. Les techniques utilisées incluent l'euphémisation de la situation (« La vague de chaleur n'est pas exceptionnelle »), la remise en cause des causes humaines du réchauffement, ou encore la promotion du technosolutionnisme (solutions technologiques présentées comme miracles). CNews est particulièrement pointée du doigt, avec 174 cas de désinformation recensés en 2025. Ces pratiques s'inscrivent dans des stratégies d'influence de lobbies ou de partis politiques visant à orienter la perception des enjeux environnementaux.

Responsabilités des médias

Les médias jouent un rôle clé dans la formation des perceptions et des actions du public face au changement climatique, selon le sixième rapport du Giec publié en 2023. Pourtant, certains médias contribuent à culpabiliser les individus en déplaçant la question climatique sur le terrain des comportements individuels, comme les gestes écocitoyens, plutôt que sur les responsabilités systémiques. Des chercheurs comme Jean-Baptiste Comby ou David Chavalarias soulignent que la désinformation et les attaques contre la science font partie d'une stratégie de décrédibilisation. Face à l'ampleur du phénomène, des ONG comme QuotaClimat ont saisi le Conseil d'État pour demander une régulation plus stricte, notamment après des sanctions financières contre CNews (20 000 € en 2024) et Sud Radio pour leurs manquements à la rigueur journalistique.

Inégalités entre médias publics et privés

Les médias audiovisuels publics, comme Arte, RFI, France Culture ou France24, traitent plus systématiquement les enjeux climatiques que les médias privés. Par exemple, en mai 2026, 54 % des séquences de France Info TV consacrées à la canicule ont mentionné le changement climatique, contre seulement 20 % sur CNews, Europe 1 ou BFMTV. Cette différence s'explique par des approches éditoriales distinctes : les médias publics privilégient un cadrage thématique (contexte, causes, solutions) tandis que les privés optent souvent pour un cadrage épisodique (événements ponctuels). Les chaînes privées, notamment celles du groupe Bolloré, sont régulièrement pointées pour leur désinformation ou leur minimisation des enjeux environnementaux.

Ce que ça pourrait changer

Il n'existe pas de législation spécifique pour encadrer le traitement médiatique des enjeux écologiques en France. Pourtant, l'ampleur de la désinformation et son impact sur la perception publique du climat rendent la question de la régulation urgente. L'Arcom (Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique) a déjà sanctionné des chaînes comme CNews (20 000 € en 2024) ou Sud Radio (rappel à l'ordre en 2024), mais les ONG estiment que ces mesures restent insuffisantes. QuotaClimat a saisi le Conseil d'État en juillet 2026 pour demander une intervention plus forte de l'Arcom. L'objectif est de limiter la propagation de fausses informations et de garantir un traitement rigoureux des sujets environnementaux, essentiels pour une prise de conscience collective et une action politique adaptée.

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