L’IA de Google testée pour éviter les traînées de condensation derrière les avions
Les traînées blanches que l’on voit derrière les avions vont faire l’objet d’une étude au long cours menée dans le corridor aérien de l’Atlantique Nord, entre l’Europe et l’Amérique du Nord. Le gouvernement britannique et Google ont mis la main à la poche pour déterminer s’il est possible d’éviter la formation de nuages qui participent […].
Les traînées blanches visibles derrière les avions sont formées de cristaux de glace. Elles apparaissent lorsque les gaz chauds émis par les moteurs entrent en contact avec l'air froid et humide en altitude. Selon les conditions météo, ces traînées peuvent disparaître rapidement ou persister plus longtemps. Lorsqu'elles s'étalent, elles se transforment en nuages artificiels qui piègent une partie du rayonnement infrarouge émis par la Terre, contribuant ainsi au réchauffement climatique. Un rapport de l'Aviation Impact Accelerator (AIA), piloté par l'Université de Cambridge en 2024, a estimé qu'éviter les traînées les plus réchauffantes pourrait réduire de 40 % l'impact climatique de l'aviation. L'AIA est une initiative visant à évaluer et atténuer l'empreinte écologique du transport aérien.
Le projet Blue Skies est une opération lancée pour réduire l'impact climatique des traînées de condensation. Mené par un consortium incluant le gouvernement britannique, Google, le fournisseur de services aériens NATS et l'Université de Cambridge, ce programme durera 30 mois avec un budget de 5 millions de livres sterling (environ 5,8 millions d'euros). Google contribue à hauteur de 1,4 million d'euros sous forme de capacités de calcul et de recherche en intelligence artificielle (IA). L'objectif n'est pas d'éliminer toutes les traînées, mais d'éviter celles qui se transforment en nuages réchauffants. L'IA analyse des images satellites, des données de vol et des prévisions météo pour identifier les zones à risque, puis guide les contrôleurs aériens pour ajuster l'altitude des avions de 2 000 pieds (environ 610 mètres).
Les tests du projet Blue Skies auront lieu dans l'espace aérien Shanwick, couvrant la partie orientale du corridor de l'Atlantique Nord reliant l'Europe aux États-Unis. Cette zone, où passent environ 10 000 vols par an, est responsable de 5 % du réchauffement climatique causé par les traînées de condensation. Les essais se dérouleront pendant les hivers 2026-2027 et 2027-2028, lorsque le trafic est moins dense, principalement en soirée et la nuit. Seule une partie des vols devra modifier son altitude. Les résultats permettront de vérifier si les traînées évitées ont effectivement un impact climatique réduit, en comparant les observations satellites avant et après les ajustements.
L'un des défis du projet est de s'assurer que les changements d'altitude n'entraînent pas une augmentation significative de la consommation de carburant. Paul Hodgson, directeur technique de Google pour Blue Skies, précise que le surcroît d'émissions de CO₂ lié à ces ajustements serait inférieur à 1 %, alors que l'impact des traînées de condensation est bien plus important, comparable à l'ensemble des émissions de CO₂ de l'aviation. Selon les modélisations, un avion long-courrier brûlerait environ 100 kg de carburant supplémentaire pour éviter une traîne réchauffante, une quantité modeste comparée aux plusieurs tonnes de carburant consommées par heure en vol. L'expérience vise donc à concilier réduction des traînées et efficacité énergétique.
Google joue un rôle central dans ce projet grâce à ses capacités en intelligence artificielle. L'entreprise utilise des modèles d'IA pour prédire les zones où les traînées de condensation pourraient devenir réchauffantes, en combinant des données satellites, des prévisions météo et des informations sur les trajectoires des vols. L'IA permet aussi de vérifier l'efficacité des ajustements d'altitude en analysant les images satellites après les modifications. Cette initiative s'inscrit dans une démarche plus large de Google pour promouvoir des solutions technologiques réduisant l'impact environnemental. En 2023, Google avait déjà testé avec American Airlines des cartes de prévision pour éviter les traînées, démontrant ainsi l'utilité de l'IA dans la lutte contre le changement climatique.

