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Environnement

L'acidification des océans pourrait réduire le cerveau des calmars

Reporterre · mis à jour il y a 29 j

L'acidification des océans, provoquée par l'augmentation des émissions de dioxyde de carbone humaines dans l'atmosphère, pourrait rétrécir le cerveau des calmars, selon les résultats préliminaires d'un projet de recherche en cours, présentés lors de la conférence annuelle de la Société pour la biologie expérimentale, à Florence (Italie), le 8 juillet. Les deux chercheurs à l'origine de ce projet de recherche ont élevé des calmars dans deux bassins parallèles : l'un reproduisant les (…) Lire la suite -.

Océans plus acides

L’acidification des océans désigne l’augmentation progressive du taux d’acidité de l’eau de mer, mesurée par son pH. Ce phénomène est principalement causé par l’absorption par les océans de 30 % du dioxyde de carbone (CO₂) rejeté dans l’atmosphère par les activités humaines, comme la combustion d’énergies fossiles (pétrole, charbon) ou la déforestation. Depuis le début de l’ère industrielle, vers 1750, le pH des océans a diminué de 0,1 unité, passant d’environ 8,2 à 8,1 aujourd’hui. Bien que cette baisse puisse sembler minime, elle représente une augmentation de 26 % de l’acidité, car l’échelle du pH est logarithmique. Les scientifiques estiment que si les émissions de CO₂ continuent au rythme actuel, le pH pourrait chuter à 7,8 d’ici 2100, soit une acidité 150 % plus élevée qu’en 1750.

Calmars vulnérables

Les calmars, comme de nombreux organismes marins, possèdent une coquille interne appelée gladius ou plume, composée de carbonate de calcium. Cette substance est sensible à l’acidité de l’eau : plus le pH baisse, plus il devient difficile pour les calmars de construire et maintenir leur coquille. Une étude récente a montré que des calmars exposés à une eau au pH projeté pour 2100 voient leur cerveau réduire de taille de 13 % en moyenne. Cette diminution affecte notamment les lobes optiques, essentiels à la vision et à la chasse. Les chercheurs soulignent que ces changements pourraient altérer leur capacité à se nourrir, à échapper aux prédateurs et à se reproduire, mettant en péril leur survie à long terme.

Chaîne alimentaire menacée

Les calmars jouent un rôle clé dans les écosystèmes marins, servant de proie à des espèces comme les thons, les dauphins ou les phoques, et de prédateurs pour des poissons plus petits et des crustacés. Leur déclin pourrait donc avoir des répercussions en cascade sur l’ensemble de la chaîne alimentaire. Par exemple, une réduction de leurs populations pourrait entraîner une surpopulation de leurs proies, déséquilibrant les écosystèmes locaux. Les scientifiques craignent également que cette perturbation ne touche d’autres espèces calcifiantes, comme les coraux ou les coquillages, déjà fragilisées par le réchauffement climatique et la pollution. Les océans, qui couvrent 71 % de la surface de la Terre, abritent une biodiversité essentielle à l’équilibre planétaire.

Recherche en laboratoire

Pour évaluer l’impact de l’acidification, des chercheurs ont mené des expériences en laboratoire en recréant des conditions océaniques futures. Ils ont exposé des calmars juvéniles à une eau dont le pH était ajusté pour correspondre aux projections de 2100, soit une baisse de 0,4 unité par rapport à aujourd’hui. Les résultats ont révélé des anomalies dans le développement de leur système nerveux, notamment une réduction de la taille de leur cerveau et des perturbations dans la formation de leurs neurones. Ces expériences, bien que réalisées en milieu contrôlé, offrent un aperçu des défis auxquels les calmars pourraient être confrontés dans leur environnement naturel d’ici la fin du siècle.

Ce que ça pourrait changer

L’acidification des océans s’ajoute à d’autres menaces liées au changement climatique, comme le réchauffement des eaux ou la désoxygénation, qui aggravent la pression sur les écosystèmes marins. Selon le *Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat* (GIEC), les émissions mondiales de CO₂ doivent être réduites de 45 % d’ici 2030 par rapport à 2010 pour limiter le réchauffement à 1,5 °C, un objectif fixé par l’*Accord de Paris* en 2015. Sans action rapide, les océans continueront d’absorber davantage de CO₂, accélérant l’acidification et ses conséquences sur la faune marine. Les scientifiques appellent à une prise de conscience collective et à des politiques environnementales ambitieuses pour préserver les océans, essentiels à la régulation du climat et à la biodiversité.

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