La massue ou le tango
Le nouveau gouvernement et l’État devront apprendre à avancer ensemble sans perdre pied..
Un nouveau gouvernement, surtout s’il est minoritaire, doit rapidement établir sa crédibilité lors des 100 premiers jours après son élection. Cette période est cruciale car elle permet de démontrer sa capacité à gouverner malgré l’incertitude politique et à convaincre la population de sa vision pour le Québec. Par exemple, le gouvernement minoritaire de Pauline Marois en 2012 a connu des difficultés pendant cette phase, avec des reculs et des changements de direction qui ont affaibli sa crédibilité et contribué à sa défaite. Un gouvernement minoritaire doit composer avec des partis d’opposition qui négocient leur soutien à certaines mesures phares, ce qui complexifie la tâche.
Pour réussir ses réformes, un gouvernement doit s’appuyer sur l’appareil administratif, c’est-à-dire l’ensemble des institutions et des fonctionnaires qui mettent en œuvre les politiques publiques. Ce système a été façonné par les gouvernements précédents et repose sur des habitudes, des réflexes et des nominations qui ne correspondent pas toujours aux nouvelles orientations. Par exemple, un gouvernement peut vouloir réduire la taille de l’État, mais il doit le faire en collaboration avec les employés publics, qui sont les principaux acteurs de cette transformation. Ignorer cette réalité peut mener à des résistances et à des échecs.
La transition administrative est souvent négligée, mais elle est aussi importante que la transition politique. Elle implique de comprendre les dynamiques internes de l’État, d’identifier les résistances potentielles et de s’appuyer sur la mémoire institutionnelle, c’est-à-dire l’expertise des fonctionnaires qui connaissent les rouages de l’administration. Un gouvernement doit éviter de tout bouleverser d’un coup et privilégier une approche collaborative. Par exemple, le nouveau premier ministre du Québec, Paul St-Pierre Plamondon, a nommé Frédéric Guay au poste de secrétaire général et greffier du Conseil exécutif, un poste clé pour coordonner la fonction publique.
Le gouvernement a le choix entre deux approches pour gérer la transition : la massue, qui consiste à imposer des changements brutaux pour affirmer son autorité, ou le tango, une approche plus nuancée qui privilégie la collaboration et la confiance mutuelle. Une approche trop autoritaire peut créer des tensions et fragiliser la mise en œuvre des réformes. Par exemple, la nomination de Frédéric Guay, un haut fonctionnaire qui avait critiqué les compressions budgétaires du gouvernement précédent, envoie un message de confiance envers les employés de l’État. Cela montre que le gouvernement souhaite travailler avec l’administration plutôt que contre elle.
Frédéric Guay a été nommé secrétaire général et greffier du Conseil exécutif en octobre 2025, un poste clé pour diriger la fonction publique québécoise. En 2025, alors qu’il était sous-ministre adjoint de l’Environnement, il avait publiquement critiqué les compressions budgétaires du gouvernement Legault, qui avaient entraîné la suppression de centaines de postes. Sa nomination est perçue comme stratégique, car elle envoie un signal fort aux employés de l’État : le nouveau gouvernement entend les écouter et les associer aux réformes. Cela contraste avec l’idée d’une réforme imposée brutalement, comme le craignaient certains observateurs.
Les prochaines nominations et les actions du gouvernement dans les prochains mois permettront de juger s’il a choisi la massue ou le tango. Par exemple, la manière dont il gérera les tensions avec les employés de l’État et intégrera leurs préoccupations dans ses réformes sera un indicateur clé. Une transition réussie repose sur la capacité à installer un climat de confiance et à mobiliser l’appareil d’État. Si le gouvernement parvient à concilier ses objectifs politiques avec les réalités administratives, il aura plus de chances de réussir ses 100 premiers jours et de durer dans le temps.

