Arsenic à Rouyn-Noranda : Santé Canada désavoue l’étude rassurante de Glencore
La population serait davantage exposée que ce qu'affirme le propriétaire de la Fonderie Horne..
La ville de Rouyn-Noranda, située en Abitibi-Témiscamingue au Québec, fait face à une problématique de pollution à l’arsenic. Cette substance toxique est principalement émise par la Fonderie Horne, une usine de traitement de minerais appartenant à la multinationale Glencore. Les résidents de la région sont donc potentiellement exposés à des niveaux plus élevés d’arsenic que la moyenne canadienne, ce qui soulève des inquiétudes pour leur santé. La situation est d’autant plus préoccupante que cette fonderie est un employeur majeur dans la région, créant un équilibre complexe entre économie locale et santé publique.
En juin 2026, une étude commanditée par Glencore, propriétaire de la Fonderie Horne, a été publiée par le cabinet-conseil Intrinsik Corp. Cette étude affirmait que les adultes de Rouyn-Noranda présentaient des taux d’arsenic dans l’urine égaux ou inférieurs aux moyennes nationales des années 2010. Les résultats suggéraient que la contamination par l’arsenic dans la région n’était pas préoccupante. Cependant, cette étude a rapidement été remise en question par des experts et des autorités sanitaires, en raison de ses lacunes méthodologiques et de ses conclusions rassurantes jugées trop optimistes.
À la fin juillet 2026, Santé Canada a publié un rapport révisé qui contredit les conclusions de l’étude d’Intrinsik. Selon les données officielles de Santé Canada, les concentrations d’arsenic mesurées à Rouyn-Noranda dépassent significativement la moyenne nationale pour la période 2023-2024. Par exemple, la moyenne géométrique de l’arsenic inorganique (la forme la plus toxique) était de 4,28 microgrammes par litre (µg/L) à Rouyn-Noranda, contre 3,3 µg/L à l’échelle nationale. Pour l’arsenic total (toutes les formes d’arsenic confondues), la moyenne était de 7,67 µg/L à Rouyn-Noranda, contre 5,8 µg/L au Canada. Ces écarts remettent en cause la fiabilité de l’étude commanditée par Glencore.
Santé Canada a identifié plusieurs lacunes dans la méthodologie de l’étude d’Intrinsik. Par exemple, les participants à l’étude d’Intrinsik avaient reçu la consigne d’éviter de consommer du riz et des fruits de mer avant les prélèvements d’urine, ce qui a pu sous-estimer leur exposition réelle à l’arsenic. À l’inverse, l’enquête de Santé Canada n’imposait aucune restriction alimentaire à ses participants. De plus, Intrinsik a conclu que la contamination à l’arsenic dans les ongles d’orteils était superficielle, une hypothèse que Santé Canada juge non étayée par les données après nettoyage des échantillons. Enfin, la taille des sous-groupes étudiés était parfois trop petite pour permettre des analyses statistiques fiables.
Les conclusions de l’étude d’Intrinsik ont été vivement contestées par des chercheurs indépendants et la Direction de la santé publique de l’Abitibi-Témiscamingue. Par exemple, Intrinsik avait attribué les concentrations plus élevées d’arsenic chez certains enfants à leur consommation de riz, une explication rejetée par les autorités sanitaires locales. Malgré la défense de sa rigueur par Intrinsik dans une lettre ouverte, Santé Canada maintient que le protocole de l’étude privée pose problème et que ses résultats ne sont pas fiables. Ces critiques soulignent l’importance d’une méthodologie rigoureuse dans l’évaluation des risques sanitaires liés à la pollution industrielle.
L’arsenic est une substance toxique qui peut avoir des effets graves sur la santé, notamment en augmentant le risque de cancers, de maladies cardiovasculaires et de troubles neurologiques. Les données de Santé Canada indiquent que les résidents de Rouyn-Noranda sont exposés à des niveaux d’arsenic supérieurs à la moyenne nationale, ce qui pourrait avoir des conséquences sanitaires à long terme. La Direction de la santé publique de l’Abitibi-Témiscamingue et d’autres acteurs locaux surveillent donc de près cette situation pour évaluer les risques réels et mettre en place des mesures de protection adaptées, si nécessaire.

