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Généraliste

Pourquoi les jeunes anglophones continuent-ils de quitter le Québec?

Le Devoir · mis à jour il y a 5 j

Les perspectives d’emploi seraient meilleures pour eux ailleurs au Canada, avance une étude..

Exode historique

Entre la fin des années 1960 et les années 1980, environ 20 % de la population québécoise de langue maternelle anglaise a quitté la province. Ce mouvement migratoire a été particulièrement intense entre 1976 et 1981, avec près de 150 000 départs vers d’autres provinces canadiennes. À cette époque, les chercheurs associaient souvent ce phénomène aux débats politiques et linguistiques, notamment l’élection du Parti québécois en 1976 et le premier référendum sur la souveraineté en 1980. Ces événements avaient créé un climat d’incertitude, poussant certains anglophones à chercher des opportunités ailleurs. Aujourd’hui, cette période est souvent citée comme un tournant dans l’histoire démographique du Québec anglophone.

Taux actuel de départ

Entre 2016 et 2021, plus de 50 000 Québécois de langue maternelle anglaise ont quitté la province pour s’installer dans d’autres régions du Canada. Ce chiffre est équivalent au nombre d’anglophones qui ont fait le trajet inverse pendant la même période. Les jeunes adultes âgés de 20 à 29 ans sont particulièrement surreprésentés parmi ces départs, ce qui soulève des inquiétudes quant à l’avenir des communautés anglophones, notamment en dehors de Montréal. Les régions comme l’Estrie, l’Outaouais et la Gaspésie sont particulièrement touchées par ce déclin démographique.

Rôle de QUESCREN

L’étude citée dans l’article a été réalisée par le Réseau de recherche sur les communautés québécoises d’expression anglaise, connu sous l’acronyme QUESCREN (pour Quebec English-Speaking Communities Research Network). Ce réseau, basé à l’Université Concordia, a pour mission d’étudier les enjeux socio-économiques et culturels des communautés anglophones du Québec. Pour cette recherche, les auteurs Simon-Pierre Lacasse, historien et directeur de la recherche de QUESCREN, et Meghan Rulli, chercheuse étudiante, ont analysé une soixantaine de rapports et d’études démographiques afin de dresser un état des lieux de l’émigration des jeunes anglophones depuis les années 1970.

Facteurs économiques

Contrairement aux idées reçues, les chercheurs de QUESCREN estiment que le manque de perspectives économiques joue un rôle majeur dans le départ des jeunes anglophones du Québec. Historiquement, la communauté anglophone était plus aisée que les francophones sur le plan socio-économique. Cependant, cette situation s’est inversée : les personnes unilingues anglophones, notamment celles vivant en dehors de Montréal, font face à des défis croissants d’insertion professionnelle. Le taux de pauvreté est aujourd’hui plus élevé chez cette population. Les chercheurs soulignent que les meilleures opportunités d’emploi et de carrière ailleurs au Canada constituent une motivation importante pour quitter le Québec.

Diversité de la communauté

La communauté anglophone du Québec n’est plus homogène comme elle l’était dans les années 1960. À l’époque, elle était principalement composée de personnes d’ascendance britannique. Aujourd’hui, elle s’est diversifiée avec l’arrivée d’immigrants venus de tous horizons. De plus, la maîtrise du français est bien plus répandue, en particulier chez les jeunes. Simon-Pierre Lacasse souligne que cette diversité est une richesse pour le Québec, car elle permet de mieux représenter la société québécoise à l’étranger. Ces anglophones bilingues ou issus de l’immigration jouent un rôle clé dans la transmission de la culture et des spécificités québécoises au-delà des frontières de la province.

Sentiment d’exclusion

Un autre facteur expliquant le départ des jeunes anglophones est le sentiment d’exclusion ressenti par certains membres de cette communauté. Bien que le Québec reconnaisse officiellement le bilinguisme et accorde une place à la langue anglaise, des individus estiment qu’il n’y a pas de réelle place pour une identité anglophone dans la société québécoise. Ce sentiment est renforcé par le manque de visibilité de cette communauté dans les médias et les débats politiques francophones. Simon-Pierre Lacasse cite une phrase souvent entendue dans les familles : « Should I stay or should I go ? » (« Dois-je rester ou partir ? »), reflétant l’incertitude quant à l’avenir des jeunes anglophones au Québec.

Rôle du bilinguisme

Le niveau d’intégration des anglophones à la société québécoise est aujourd’hui bien plus élevé qu’auparavant. Le bilinguisme est devenu très répandu, ce qui facilite leur insertion professionnelle et sociale. Cette évolution réduit, selon Simon-Pierre Lacasse, les risques d’un nouvel exode massif en cas de victoire d’un parti souverainiste ou de la tenue d’un référendum sur l’indépendance. Contrairement aux années 1970, où les tensions politiques et linguistiques étaient plus vives, les jeunes anglophones d’aujourd’hui sont souvent mieux intégrés et moins enclins à quitter le Québec pour des raisons politiques.

Ce que ça pourrait changer

L’exode des jeunes anglophones ne touche pas uniformément le Québec. Les régions en dehors de Montréal, comme l’Estrie, l’Outaouais et la Gaspésie, sont particulièrement affectées par ce phénomène. Ces zones, qui abritaient autrefois des communautés anglophones dynamiques, voient leur population diminuer en raison du départ des jeunes. Cette situation pose un défi pour la vitalité économique et culturelle de ces régions, où la présence anglophone était historiquement un atout. Les chercheurs soulignent que ces disparités régionales aggravent les inégalités socio-économiques entre Montréal et le reste de la province.

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