Scandale sanitaire : l’acétamipride réintroduite à l’Assemblée nationale
C’est un remake de la loi Duplomb, adoptée il y a pile un an, en juillet 2025. Si une partie du texte avait été censurée par le Conseil constitutionnel, son auteur, le sénateur Laurent Duplomb, n’avait pas jeté renoncé.
En juillet 2026, l’Assemblée nationale a adopté un projet de loi d’urgence agricole incluant la réautorisation temporaire de deux pesticides néonicotinoïdes, l’acétamipride et le flupyradifurone. Ces substances, interdites en France depuis 2025, sont désormais autorisées pour certaines cultures comme la betterave sucrière, la pomme ou la cerise. Cette mesure, portée par le sénateur Laurent Duplomb, avait été censurée par le Conseil constitutionnel l’année précédente avant d’être réintroduite. Le gouvernement n’a pas utilisé son droit d’amendement pour bloquer cette réautorisation, malgré les alertes des médecins et scientifiques sur les risques pour la santé humaine et l’environnement. Le texte a été adopté par 296 voix contre 224, avec le soutien de la majorité présidentielle, de la droite et de l’extrême droite.
Les opposants à cette réautorisation dénoncent un manque de rigueur scientifique. L’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses), chargée d’évaluer les risques, n’aurait pas eu suffisamment de temps pour mener une étude approfondie. Initialement, le délai prévu était de deux mois, puis étendu à six mois sans succès. Plusieurs experts, comme le climatologue Christophe Cassou, soulignent que cette décision aggrave l’impréparation de la France face aux conséquences du réchauffement climatique. Les scientifiques rappellent que les néonicotinoïdes sont des insecticides toxiques pour les abeilles et potentiellement dangereux pour l’homme, malgré leur usage agricole.
Le projet de loi contient plusieurs mesures critiquées pour leur impact environnemental. Parmi elles, l’assouplissement des règles sur les élevages intensifs, la facilitation de la construction de méga-bassines (grands réservoirs d’eau pour l’irrigation) et l’affaiblissement de la protection des zones humides. Ces dernières, essentielles pour la biodiversité et la régulation des crues, pourraient être détruites si elles sont remplacées par des bassines. Le texte prévoit aussi de doubler les capacités de stockage d’eau pour l’agriculture d’ici 2035, une stratégie jugée inefficace par le Haut conseil pour le climat (HCC), qui craint une dépendance accrue à la ressource en eau et des conflits entre usagers.
Le gouvernement a choisi de ne pas bloquer la réautorisation des pesticides ni les autres reculs environnementaux, malgré les réserves exprimées par certains ministres comme Monique Barbut, ministre de la Transition écologique. Lors des débats, plusieurs députés macronistes, dont Gabriel Attal, ont demandé des explications sans obtenir de réponse. Le camp présidentiel a finalement voté pour le texte, craignant une mobilisation citoyenne similaire à celle contre la loi Duplomb en 2025. Le Sénat, dominé par la droite, devrait adopter définitivement le texte le 21 juillet 2026 sans difficulté.
La réautorisation des pesticides et les autres mesures du texte ont suscité des critiques au sein même de la majorité présidentielle. D’anciens ministres de l’Agriculture comme Marc Fesneau et Stéphane Le Foll ont dénoncé un texte trop favorable à l’agriculture intensive, estimant qu’il ne prépare pas le secteur aux défis climatiques. La députée Agnès Pannier-Runache a qualifié de démocratie le refus du gouvernement d’examiner certains amendements. À l’inverse, la droite et l’extrême droite ont soutenu le texte, tandis que les groupes de gauche l’ont rejeté. Le Medef a également émis des réserves, craignant un accaparement sans limite de la ressource en eau par l’agriculture.
Ce projet de loi est critiqué pour son manque de vision à long terme face au réchauffement climatique. Le HCC souligne que les mesures adoptées, comme le doublement des capacités de stockage d’eau, pourraient aggraver les pénuries lors de sécheresses pluriannuelles. Les zones humides, dont la destruction est facilitée, jouent pourtant un rôle clé dans l’adaptation des territoires aux changements climatiques. Les scientifiques rappellent que ces reculs environnementaux s’ajoutent à une série de décisions récentes qui, selon eux, précarisent la biodiversité et la résilience des écosystèmes français.

