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Pourquoi le diesel coûte-t-il si cher ? Et comment en sortir ?

The Conversation France · mis à jour il y a 17 j

L’ESSENTIEL Le diesel se vend plus cher que l’essence et plus cher qu’au printemps, alors que le prix du baril a reflué. L’explication tient moins au prix du pétrole brut qu’au modèle économique du raffinage.

Diesel plus cher qu'essence

En octobre 2026, le prix du diesel en France atteint en moyenne 2,35 € le litre, soit environ 20 centimes de plus que l’essence. Ce phénomène est inhabituel, car historiquement, le diesel était moins cher grâce à une fiscalité avantageuse. Pourtant, le prix du baril de pétrole a baissé depuis avril 2026, passant de plus de 120 dollars à environ 100 dollars. Cette inversion s’explique par la structure du marché du carburant : les automobilistes n’achètent pas directement du pétrole brut, mais un produit raffiné, le diesel, dont le prix dépend de la disponibilité des raffineries et des stocks européens. Les taxes, autrefois majoritaires dans le prix final, ne représentent plus que 40 % du coût, contre plus de 50 % lorsque le litre coûtait 1,60 €. La TVA, proportionnelle au prix, suit les variations du marché, tandis que l’accise (taxe fixe) reste inchangée.

Rareté du diesel raffiné

Le prix élevé du diesel s’explique par une rareté des produits raffinés, et non du pétrole brut. En septembre 2026, la marge de raffinage (écart entre le prix du baril de diesel et celui du pétrole brut) a dépassé 100 dollars, contre 20 dollars en temps normal. Trois chocs ont réduit l’offre : le blocage du détroit d’Ormuz, les dommages subis par des raffineries du Golfe, et la suspension des exportations russes de diesel. Les États-Unis ont tenté de combler le vide en exportant massivement, mais leurs stocks ont chuté. Les raffineries ne peuvent pas augmenter la production de diesel à volonté, car elles produisent un mélange de produits (essence, kérosène, fioul, diesel) dont les proportions sont fixées par la nature du pétrole brut. Le diesel partage la même base que le kérosène et le fioul domestique, ce qui crée une concurrence entre ces usages, surtout à l’approche de l’hiver.

Diesel carburant économique

Le diesel est le carburant privilégié par les professionnels : camions, tracteurs, chantiers et bateaux de pêche. Sa hausse de prix se répercute sur le coût des aliments et des biens, même pour les ménages sans voiture diesel. En France, le diesel représente encore les deux tiers des carburants routiers, malgré un déclin progressif. Le pays exporte de l’essence et importe plus de la moitié de son diesel, notamment depuis la Russie avant les sanctions. Depuis 2022, les importations russes ont été remplacées par des approvisionnements depuis le Moyen-Orient, les États-Unis et l’Inde, sans réduire la dépendance énergétique. Par exemple, en 2022, plus d’un quart du diesel importé venait de Russie. La France dispose de seulement 6 raffineries aujourd’hui, contre 24 en 1975, ce qui limite sa capacité à produire suffisamment de diesel.

Crise européenne et mondiale

Le phénomène de hausse du diesel n’est pas limité à la France. En octobre 2026, le prix moyen du diesel dans l’Union européenne atteint 2,15 € le litre, avec des variations selon les pays : environ 2,35 € en France, 2,10 € en Allemagne, 2,05 € en Italie, et jusqu’à 2,50 € aux Pays-Bas. Aux États-Unis, le gallon de diesel coûte 6,50 dollars (environ 6 €), soit une hausse de 75 % sur un an. Les tentatives de baisser les taxes, comme en Allemagne (réduction de 17 centimes par litre en 2026) ou en Espagne (baisse de la TVA de 21 % à 10 %), n’ont apporté qu’un soulagement temporaire. Ces mesures ont coûté des milliards d’euros sans résoudre la crise structurelle. Par exemple, l’Allemagne a dépensé 4 milliards d’euros pour ses rabais, sans éviter un retour des prix records en septembre 2026.

Solutions temporaires inefficaces

Les gouvernements européens ont testé plusieurs solutions pour limiter la hausse des prix, mais aucune n’a fonctionné durablement. Les plafonds de prix, comme celui appliqué par TotalEnergies en France (2,25 € le litre), ont provoqué des ruptures d’approvisionnement, car la demande dépasse l’offre disponible. Les aides ciblées, comme les subventions pour les ménages modestes en France, sont plus efficaces mais coûteuses. Par exemple, une remise générale de 30 centimes coûterait au moins 12 milliards d’euros par an, sans garantie de résultat. La France a aussi puisé dans ses stocks stratégiques de diesel, en vendant 10 millions de barils pour faire baisser le prix de 12 à 18 centimes pendant trois mois. Cependant, cette mesure réduit les réserves de sécurité et profite à tous, sans distinction de revenu. Ces solutions restent des palliatifs, car elles ne résolvent pas la pénurie structurelle.

Ce que ça pourrait changer

La véritable solution à long terme est la sortie progressive du diesel. En septembre 2026, seulement 2 % des voitures neuves immatriculées en France étaient des diesel, contre plus de 40 % pour l’électrique. Le marché du neuf a déjà tourné la page, mais le parc automobile existant reste dominé par les véhicules diesel, surtout dans les zones rurales ou périurbaines où les alternatives sont limitées. Ces ménages, souvent modestes, paient le prix fort de la crise énergétique et sont les moins capables d’acheter une voiture neuve. Pourtant, l’électrique représente une solution économique : recharger une voiture électrique coûte environ trois fois moins cher que rouler au diesel, et l’électricité est produite localement, évitant les dépendances géopolitiques. Le *leasing social*, lancé en juillet 2026, permet à des ménages modestes de louer une voiture électrique pour moins de 200 € par mois, sans apport. En dix semaines, 34 000 commandes ont été enregistrées, pour un coût de 400 millions d’euros, soit six fois moins que le rabais allemand pour un seul trimestre.

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