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Géopolitique

Les singes, héros des “haïkus visuels” de Masao Yamamoto

Courrier International · mis à jour il y a 1 h

Le photographe japonais Masao Yamamoto crée depuis quarante ans une œuvre entre délicatesse et impermanence, explorant les confins de la poésie et de la calligraphie, saluée par la presse asiatique. Exposé jusqu’en décembre 2026 à Lectoure, dans le Gers, il publie un livre, “Saru”, le 2 septembre..

Photographie comme poésie

Masao Yamamoto, photographe japonais, transforme ses clichés en haïkus visuels, une expression inspirée des haïkus, poèmes japonais traditionnels en trois vers évoquant des instants fugaces avec une grande intensité émotionnelle. Pour lui, photographier revient à écrire avec la lumière, capturant des moments éphémères du quotidien pour leur donner une dimension éternelle. Ses œuvres sont souvent comparées à des haïkus visuels car elles transcendent la simple représentation réaliste pour suggérer une poésie visuelle. Yamamoto travaille principalement en noir et blanc, avec des tonalités douces et des espaces négatifs, rappelant l’art de la calligraphie à l’encre. Ses images, souvent de petits formats, sont traitées avec des procédés chimiques ou artisanaux (trempage dans du thé, usure des bords) pour leur donner une texture vieillie, évoquant des fragments précieux et fragiles.

Les macaques de Jigokudani

Depuis vingt ans, Yamamoto se rend régulièrement au parc aux singes de Jigokudani, situé dans la région montagneuse de Nagano au Japon, pour photographier les macaques japonais (Macaca fuscata). Ce parc est célèbre pour ses sources chaudes où les singes se baignent en hiver, mais Yamamoto y découvre une autre facette de leur vie. Ses clichés révèlent des gestes et des comportements qui rappellent ceux des humains, reflétant nos faiblesses et notre nature profonde. Le livre Saru (Singe en japonais), publié le 2 septembre 2026 aux éditions Textuel, rassemble ces photographies. Une exposition de son travail est également visible jusqu’en décembre 2026 à Lectoure, dans le Gers, dans le cadre du festival L’Été photographique.

Approche intuitive du photographe

Yamamoto n’a pas d’objectif prédéterminé avant de prendre ses photos. Il se promène et déclenche son appareil de manière intuitive, évitant ainsi de s’enfermer dans une vision restrictive. Selon lui, si l’on a un objectif précis, on s’y enferme et on risque de passer à côté d’une autre scène intéressante. Il cherche moins à capturer un instant décisif (concept popularisé par le photographe Henri Cartier-Bresson) qu’à saisir l’écart entre l’instant fugace et l’éternité. Ses images ne sont pas des enregistrements froids de la réalité, mais des objets poétiques, chargés d’émotions et de traces artisanales. Pour cela, il utilise des techniques comme le trempage du papier photographique dans du thé ou de l’eau de neige, l’abrasion des bords, voire la peinture directe sur les images.

Techniques et esthétique unique

Les photographies de Yamamoto se distinguent par leur esthétique sereine et leur traitement artisanal. Il utilise des tirages en noir et blanc, souvent de petits formats, avec des tonalités monochromes délicates évoquant la peinture à l’encre. Les bords des images sont parfois déchirés ou usés, et leur texture rappelle celle d’un papier vieilli. Ces procédés, à la fois destructifs et réparateurs, créent un espace entre réalité et illusion, transformant ses œuvres en objets uniques et chargés de sens. Selon le magazine japonais Pen, ses images ne sont jamais des enregistrements froids et austères, mais des objets poétiques empreints de chaleur et de traces artisanales. Cette approche lui vaut une reconnaissance internationale, notamment en Asie, où sa photographie est saluée pour sa capacité à émouvoir et à susciter la curiosité.

Ce que ça pourrait changer

Yamamoto est exposé jusqu’en décembre 2026 à Lectoure, dans le cadre du festival L’Été photographique, où ses œuvres sont présentées au public. Son livre *Saru*, publié le 2 septembre 2026, marque une étape importante dans sa carrière, après quarante ans de pratique artistique. Ses travaux sont également salués par la presse asiatique, notamment par les magazines *The Femin* et *Pen*, qui soulignent la profondeur poétique et la dimension spirituelle de sa démarche. Didier Bruis, son galeriste à Paris, explique que les macaques de Yamamoto *nous plongent dans nos souvenirs d’enfance et le mystère inhérent à la photographie elle-même*, attirant l’attention sur les petits instants de la nature que peu de gens remarquent.

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