Tous les parfums mènent à Grasse
VOYAGE EN FRANCE 8/8 - Sur la Côte d’Azur, Grasse, la “capitale mondiale du parfum” cultive les fleurs destinées à la parfumerie et la cosmétique. Des joyaux fragiles : les roses, les jasmins ou encore les tubéreuses sont menacées par le réchauffement climatique, qui modifie aussi leurs senteurs, constate cette journaliste de la “Süddeutsche Zeitung”..
Grasse, petite ville située sur la Côte d'Azur en France, est surnommée la capitale mondiale du parfum. Cette appellation repose sur son histoire et son rôle central dans la production de matières premières pour la parfumerie et la cosmétique. Depuis des siècles, Grasse cultive des fleurs comme la rose, le jasmin ou la tubéreuse, dont les essences sont extraites pour créer des parfums. Ces cultures, souvent appelées plantes à parfum, sont fragiles et dépendent d'un climat méditerranéen spécifique. Aujourd'hui, Grasse reste un lieu emblématique où se perpétue un savoir-faire artisanal, tout en faisant face à des défis modernes comme le réchauffement climatique.
Parmi les fleurs cultivées à Grasse, la Rosa centifolia, surnommée rose aux cent pétales, occupe une place particulière. Cette variété, reconnaissable à sa corolle généreuse, est particulièrement prisée pour son parfum complexe, mêlant des notes épicées, florales et légèrement sucrées. Carole Biancalani, une des cueilleuses du Domaine de Manon, décrit son arôme comme un mélange de poivre et de miel, avec une touche épicée. La récolte de ces roses est un travail minutieux : seules les fleurs fraîchement écloses sont cueillies à la main, généralement tôt le matin pour préserver leur fraîcheur. Cette activité, bien que traditionnelle, est aujourd'hui menacée par les aléas climatiques.
Le réchauffement climatique perturbe la culture des plantes à parfum à Grasse. Les pluies diluviennes, comme celles survenues en mai, transforment les champs en bourbiers et rendent la récolte difficile. Ces intempéries, de plus en plus fréquentes, endommagent les cultures et altèrent la qualité des fleurs. Par ailleurs, les variations de température modifient les senteurs des plantes : un jasmin ou une tubéreuse cultivés dans un climat plus chaud ne dégagent plus les mêmes arômes qu'autrefois. Ces changements posent un défi majeur pour les parfumeurs, qui doivent adapter leurs méthodes pour préserver l'authenticité de leurs créations. La région, autrefois idéale pour ces cultures, voit ainsi son rôle historique remis en question.
Les cultures de Grasse ne sont pas seulement menacées par le climat, mais aussi par la rareté de la main-d'œuvre qualifiée. Carole Biancalani, après des études dans la finance, a choisi de reprendre l'exploitation familiale, illustrant ainsi la difficulté à transmettre ce métier exigeant. La cueillette des fleurs, bien que passionnante, demande une expertise précise : il faut savoir reconnaître le bon moment pour récolter, manipuler délicatement les pétales et les transporter sans les abîmer. Ce savoir-faire, transmis de génération en génération, risque de disparaître si les jeunes générations ne s'y intéressent pas. Pourtant, il est essentiel pour maintenir la qualité des parfums produits à Grasse.
Les grands noms de la parfumerie, comme *Dior*, s'approvisionnent en partie à Grasse pour leurs ingrédients. Cependant, la fragilité des cultures locales pousse les industriels à diversifier leurs sources d'approvisionnement. Certains se tournent vers d'autres régions ou des alternatives synthétiques, moins coûteuses et plus stables. Cette évolution menace l'économie locale, où l'agriculture de plantes à parfum représente une activité majeure. Pourtant, Grasse reste un symbole de l'excellence française en matière de parfumerie, attirant des visiteurs du monde entier. La ville tente de concilier tradition et innovation pour préserver son statut, mais le défi est de taille.

