“Dogue” ou “Vogue” : les chiens sauveront-ils la mode ?
Le “September Issue”, le numéro de rentrée des magazines de mode, est le plus important et attendu de l’année. Sauf que cette année, l’édition américaine de “Vogue” a déçu.
En 2026, deux magazines portant un nom similaire, Dogue, s'affrontent sur le marché de la mode. Le premier, Dogue en ligne, est une édition spéciale du célèbre magazine Vogue dédiée aux chiens, publiée depuis trois ans. Il met en avant des animaux de stars, comme Bad Bunny avec son beagle Sansa en couverture. Le second, Dogue en version papier, existe depuis 2019 et est édité par Tasty Work. Il est distribué à moins de 100 exemplaires par mois et se présente comme un magazine indépendant centré sur la mode canine. Condé Nast, l'éditeur de Vogue, accuse Dogue papier d'avoir sciemment utilisé un nom proche pour créer une confusion chez les lecteurs et bénéficier de la notoriété de Vogue.
Condé Nast a engagé une action en justice contre Dogue papier en mars 2026, accusant la publication de contrefaçon de marque et de concurrence déloyale. L'éditeur de Vogue demande des dommages et intérêts, la destruction de tous les exemplaires existants et le retrait de la marque Dogue déposée en 2022 par Olga Portnaya, fondatrice et rédactrice en chef du magazine papier. Condé Nast affirme que le logo de Dogue papier vise à induire les lecteurs en erreur et nuit à la réputation de Vogue. Olga Portnaya, elle, défend son travail et son indépendance, estimant que cette bataille dépasse le simple conflit de nom. Elle a lancé une cagnotte en ligne qui a récolté 6 000 dollars (environ 5 100 euros) pour financer sa défense.
Les deux magazines ont coexisté sans problème jusqu'en 2024. Cette année-là, Condé Nast a manifesté un regain d'intérêt pour les chiens, notamment en publiant une édition canine de Vogue. En octobre 2025, l'éditeur a envoyé une mise en demeure à Olga Portnaya pour lui demander de changer le nom de son magazine. Condé Nast s'oppose également à l'enregistrement de la marque Dogue, déposée par Portnaya. La plainte de Condé Nast souligne que Dogue papier utilise des photos de Vogue sans autorisation, ce qui constitue une atteinte à la propriété intellectuelle. Condé Nast prend très au sérieux ces questions, comme l'explique le New York Times.
Le succès des couvertures de Dogue en ligne, notamment celle de Bad Bunny, interroge sur l'état de la presse de mode. Selon The Guardian, ce phénomène reflète une lassitude des lecteurs face aux standards irréalistes imposés aux mannequins humains, comme la maigreur extrême ou les visages retouchés par intelligence artificielle. Les chiens, eux, échappent à ces pressions et incarnent une esthétique plus naturelle et affirmée. Leur popularité croissante dans les médias pourrait donc symboliser un changement de tendance, où l'authenticité et la simplicité priment sur les canons traditionnels de la mode.
Cette dispute juridique met en lumière les tensions entre les grands groupes médiatiques et les créateurs indépendants. Condé Nast, géant de l'édition, protège farouchement ses marques et sa propriété intellectuelle, tandis qu'Olga Portnaya incarne la résistance des petits éditeurs face à la standardisation. Le conflit soulève aussi des questions sur l'avenir de la presse spécialisée : les chiens peuvent-ils vraiment sauver la mode, ou s'agit-il d'un simple phénomène de mode passager ? Enfin, la bataille coûteuse et prolongée risque de fragiliser davantage les petits éditeurs, déjà en difficulté face à la concurrence des géants du secteur.

