PISA : comment inverser la tendance ?
L'enquête PISA 2026 révèle une nouvelle baisse du niveau scolaire en France. L'économiste Éric Charbonnier et la sociologue Marie Duru-Bellat reviennent sur ces résultats et leurs implications..
L’enquête PISA 2026, publiée en septembre 2026, révèle une dégradation continue du niveau scolaire en France. Sur les dix dernières années, le pays a perdu quarante points au classement PISA, une baisse équivalente à une année d’apprentissage. Cette perte est particulièrement préoccupante car elle touche non seulement les élèves en difficulté, mais aussi les très bons élèves, dont la proportion diminue fortement. PISA (Programme International pour le Suivi des Acquis des élèves) est une étude comparative menée tous les trois ans par l’OCDE (Organisation de Coopération et de Développement Économiques), qui évalue les compétences des élèves de 15 ans en lecture, mathématiques et sciences. Les résultats de 2026 montrent que la France recule dans ces trois domaines, confirmant une tendance de fond plutôt qu’un accident ponctuel.
Selon la sociologue Marie Duru-Bellat, professeure émérite à Sciences Po Paris, l’investissement parental intense dans la réussite scolaire des enfants génère un stress contre-productif. Les parents, souvent très anxieux, se concentrent sur les notes et les classements, au détriment du plaisir d’apprendre. Cette pression se répercute sur les élèves, créant un cercle vicieux d’anxiété et de baisse de motivation. Marie Duru-Bellat souligne que cette emprise scolaire, bien que motivée par de bonnes intentions, peut nuire à l’épanouissement des élèves et à leur capacité à développer des compétences durables. Le système éducatif français, marqué par une forte compétition, est pointé du doigt pour son rôle dans cette dynamique.
Les résultats de PISA 2026 masquent une forte hétérogénéité des performances selon les filières. Les élèves des filières générales (lycées généraux et technologiques) obtiennent des résultats honorables, tandis que ceux des filières professionnelles tirent les moyennes nationales vers le bas. Cette disparité alimente le pessimisme des familles et questionne la capacité du système éducatif à offrir des opportunités égales à tous les élèves. La valorisation des réussites partielles et des compétences réelles, au-delà des seuls classements, est présentée comme une piste pour réduire cette fracture. En France, les filières professionnelles accueillent environ 40 % des lycéens, un chiffre qui reflète l’importance de ces enjeux.
Éric Charbonnier, économiste à l’OCDE et expert en éducation, participe à l’analyse des résultats de PISA 2026. Son rôle consiste à interpréter les données et à proposer des pistes pour améliorer le système éducatif français. L’OCDE, qui pilote l’enquête PISA, fournit des recommandations aux pays participants, mais ne décide pas des politiques éducatives nationales. Les experts soulignent que la baisse des performances en France n’est pas isolée : d’autres pays européens connaissent des tendances similaires, bien que moins marquées. La France se distingue cependant par l’ampleur de son recul et la simultanéité de la baisse chez les bons élèves et les élèves en difficulté.
Face à ces résultats, le système éducatif français doit relever plusieurs défis. D’abord, réduire l’anxiété scolaire en repensant l’évaluation des élèves, pour privilégier les compétences plutôt que les notes. Ensuite, mieux articuler les filières professionnelles et générales, afin de limiter les écarts de performance. Enfin, impliquer davantage les familles dans une approche moins compétitive et plus collaborative. Ces pistes, évoquées par les experts, nécessitent des réformes structurelles et une volonté politique forte. La question de la transmission intergénérationnelle du niveau culturel est également soulevée, car elle influence directement la motivation des élèves et l’engagement des parents.

