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Les Suisses refusent à une large majorité de durcir leur neutralité

Le Devoir · mis à jour il y a 17 j

La neutralité du pays est inscrite dans la Constitution fédérale depuis 1848..

Résultat du vote

Les Suisses ont rejeté à une large majorité de 70,1 % une initiative visant à durcir leur neutralité, lors d’un vote organisé le dimanche 27 septembre 2026. Ce scrutin s’inscrivait dans le cadre d’une série de votations fédérales, où les citoyens suisses sont régulièrement appelés à se prononcer sur des propositions politiques. Le ministre suisse des Affaires étrangères, Ignazio Cassis, a salué ce résultat en affirmant que la neutralité du pays reste inchangée, qu’elle soit renforcée ou non. Cette neutralité, ancrée dans la Constitution fédérale depuis 1848, interdit à la Suisse de prendre parti dans les conflits entre États tiers. Le vote a également porté sur d’autres sujets, comme la gratuité de la contraception dans le canton de Genève, acceptée à 58,5 %.

Neutralité renforcée rejetée

L’initiative populaire proposait d’inscrire dans la Constitution une neutralité plus stricte, excluant toute alliance avec une organisation militaire, sauf en cas d’attaque directe contre la Suisse. Elle interdisait également à la Suisse de reprendre des sanctions économiques contre un pays tiers, à l’exception de celles décidées par l’ONU. Portée par l’organisation souverainiste Pro Suisse et soutenue par l’Union démocratique du centre (UDC), un parti de droite nationaliste, cette proposition visait à renforcer l’indépendance du pays. Cependant, elle a été qualifiée de prorusse par ses opposants, car elle aurait pu empêcher la Suisse de participer aux sanctions contre la Russie après l’invasion de l’Ukraine en 2022. Le gouvernement suisse, dirigé par Ignazio Cassis, a défendu une neutralité flexible, capable de s’adapter aux circonstances pour préserver la sécurité et l’indépendance du pays.

Neutralité flexible défendue

Le gouvernement suisse, ainsi que la majorité des partis politiques, soutiennent une interprétation flexible de la neutralité, permettant à la Suisse d’adapter sa politique en fonction des situations internationales. Cette approche a conduit le pays à collaborer avec l’OTAN (Organisation du traité de l’Atlantique Nord) sans en être membre, tout en maintenant son statut de médiateur impartial dans les conflits. Ignazio Cassis a souligné que la neutralité ne signifie ni indifférence ni isolement, mais plutôt la capacité à agir de manière stratégique. Cette position a été renforcée par la participation de la Suisse au Conseil de sécurité de l’ONU en 2023 et 2024, où elle a voté des sanctions contre la Russie. Cependant, certains critiques, comme l’ancien diplomate Jean-Daniel Ruch, estiment que cette politique de sanctions à géométrie variable a nui à la crédibilité de la Suisse sur la scène internationale.

Soutiens et oppositions

L’initiative sur la neutralité a reçu le soutien de l’UDC, premier parti politique du pays, ainsi que d’une partie de la gauche radicale et d’anciens diplomates. Ces derniers craignaient que les sanctions économiques ne nuisent à la réputation de la Suisse en tant que médiateur neutre. Cependant, la majorité des partis politiques, à l’exception de l’UDC, ont appelé à rejeter l’initiative. Moscou, qui accuse la Suisse d’avoir abandonné sa neutralité en s’alignant sur les sanctions de l’Union européenne, a salué cette proposition. Jean-Daniel Ruch a critiqué la campagne autour de l’initiative, affirmant qu’elle avait été réduite à un débat pour ou contre Poutine, alors que le sujet était plus large et concernait la définition même de la neutralité suisse.

Ce que ça pourrait changer

Lors du même scrutin, les Suisses ont également rejeté à 72,5 % une initiative visant à porter le taux d’autosuffisance alimentaire du pays à 70 % en dix ans, contre 42 % en 2024. Cette proposition, soutenue uniquement par les Vert·e·s, visait à réduire la dépendance de la Suisse aux importations alimentaires. Le gouvernement et la majorité des partis politiques ont jugé cet objectif irréaliste et ont appelé à voter contre. Seuls les Vert·e·s n’ont pas donné de consigne de vote, laissant leurs électeurs libres de choisir. Ce rejet s’inscrit dans une tendance où les électeurs suisses privilégient des propositions moins radicales, comme en témoigne le rejet massif de l’initiative sur la neutralité.

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